FRANCE

Le Parc Naturel Régional d'Armorique

DATE DE PUBLICATION : 2027-01-01
MOTOZINE
Olivier GALLARD
Olivier GALLARD (Textes & Photos) - Guide-instructeur moto diplômé, organisateur de randonnées en France et de raids partout dans le Monde, il est l'administrateur de MOTOZINE
Tous droits réservés © MOTOZINE.FR

Le Finistère s'éveille. Je vais profiter de la belle journée de fin d'été qui se profile pour aller découvrir en profondeur le Parc Naturel Régional d'Armorique, un espace protégé vallonné fait de landes sauvages, de quelques escarpements rocheux, de bocage et de forêts situé au centre du département. Au guidon de ma TRIUMPH Tiger 900 Rally Pro, je rejoins Alain qui m'accompagnera dans cette randonnée 100% petites routes tortueuses de 300 kilomètres environ. Il pilotera lui aussi une TRIUMPH Tiger 900 Rally Pro. Le plein de nos machines est fait alors… en route !

L’ancienne église de Quimerch construite au XVᵉ siècle et abandonnée vers 1880 à la suite du déménagement du bourg, implanté maintenant le long de la route nationale bien plus passante reliant Quimper à Brest marquera le point de départ de notre randonnée.

MOTOZINE

MOTOZINE
MOTOZINE

À peine avons-nous parcouru quelques kilomètres vers l'Est que déjà nous faisons une première pause au Moulin-meunerie de Penguern à Lopérec. Comme en atteste le cadastre de 1844, il est l'un des 10 moulins situés sur la rivière de Saint-Rivoal. Tous ont disparu ou sont en état de vestiges, à l'exception du moulin de Penguern, aujourd'hui désaffecté.

Nous reprenons notre route en direction des Landes de Loqueffret, patrie des Pilhaouerien (pluriel de Pilhaouer). Les Pilhaouerien étaient des chiffonniers ou colporteurs, des marchands itinérants qui échangeaient de la vaisselle, de la quincaillerie, des parapluies contre des chiffons, des peaux de lapin, du crin de cheval pour les revendre aux grossistes implantés dans les ports tels que celui de Morlaix. Acteurs incontournables de l'économie des monts d'Arrée, ils étaient porteurs des nouvelles, bonnes ou mauvaises et chantres des légendes et traditions populaires locales.

MOTOZINE

Bientôt, un autre arrêt sera marqué au pied de la Chapelle Sainte-Marguerite de Collorec. Elle fait partie du Pays Dardoup. Les Dardoups avaient le sens de la fête. Jadis et tout le temps que duraient les foires et processions religieuses, ils faisaient résonner le biniou et la bombarde sous les halles marchandes et les préaux transformés pour l'occasion en salles de banquets. Et le cidre coulait alors à flot. Le pays Dardoup a été au cœur du renouveau des festou-diez et festou-noz (fêtes de jour et fêtes de nuit en breton) après la Seconde Guerre Mondiale.

En milieu de matinée nous parvenons à Carhaix-Plouguer, le point le plus au Sud-Est de notre randonnée. Direction est prise à présent plein Nord, vers Morlaix.

Carhaix-Plouguer, communément appelée Carhaix était l'une des cités les plus florissantes et dynamiques de l'Armorique gallo-romaine. Comme dans de nombreuses localités bretonnes, une fête rurale et joyeuse avait lieu ici chaque année. Cet esprit festif revendiqué est maintenu encore de nos jours, vraisemblablement pour contrecarrer les fêtes des vieux gréements de Brest et de Douarnenez. C'est ainsi que, devenant petit à petit une fête musicale, depuis 1992 s'y déroule le festival des Vieilles Charrues aujourd'hui connu comme étant l'un des principaux festivals de musique d'Europe.

MOTOZINE
MOTOZINE

Nous quittons par le Nord-Ouest la ville de Carhaix-Plouguer. Très vite une nouvelle pause s'impose, sur le Pont de Moulin-Meur à Plounévézel exactement. Le pont de Moulin-Meur enjambant l'Hyères a été édifié au 18ème siècle en remplacement d’un pont plus ancien qui, avec ses trois arches romanes construites en petit appareil irrégulier de schiste desservait le vieux moulin à grain situé de l’autre côté de la rivière. L’arche centrale fut détruite pendant la guerre et remplacée ensuite par une passerelle de bois. L’ensemble aujourd’hui en ruines n'est plus praticable.

MOTOZINE

Un peu plus loin, à Poullaouen, nous prenons le temps de photographier les deux sculptures de taille imposante qui ont trouvé place dans un carrefour, à la sortie du bourg. Il s'agit d'un couple de danseurs de gavotte réalisé par l'artiste Michadu. Nous sommes ici au cœur du pays de la gavotte. L'artiste a travaillé pendant plus d'une année pour réaliser son œuvre. Belle réussite.

MOTOZINE

Quelques centaines de mètres encore et nous bifurquons à droite. Nous nous engageons sur la sublime et très pittoresque D769, racontée par l'écrivain Éric Courtet dans son ouvrage photographique "Au fil de la route D769, d’Hennebont à Roscoff". Il rend hommage dans ce livre et au travers de ses clichés au Peuple de l’intérieur. Depuis 2018 en effet, Éric Courtet parcourt la route D769, à travers le Centre Bretagne. "Quand on évoque la Bretagne, on parle beaucoup de littoral, mais il y a aussi une autre Bretagne un peu plus isolée et peu représentée" justifie Éric Courtet. "C’est cette Bretagne-là qui m’intéressait" poursuit-il. C'est celle qui nous a séduits également.

MOTOZINE
MOTOZINE

Les Deux Menhirs (5,20m et 3,30m de hauteur) du Kermeur à Plougonven méritent bien un arrêt. Certains auteurs de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle mentionnent trois menhirs sur le site mais seuls deux sont encore dressés. Un troisième gros bloc de pierre visible un peu plus loin a été déplacé et pourrait correspondre à ce troisième menhir. L'endroit serait idéal pour y planter la tente...

MOTOZINE

Morlaix la singulière est tel un décor de théâtre au cœur de la Bretagne que nous nous apprêtons à découvrir, à l'heure du déjeuner. Cette cité aux trois collines dévoile son riche patrimoine à qui veut bien s’y attarder. Se promener sur son emblématique viaduc surplombant le port, déambuler dans ses quartiers anciens et ses venelles pittoresques, c’est aller à la rencontre des trésors cachés et de l'héritage lié au commerce du lin (XVe et XVIe siècles). Atypique par son relief, Morlaix nous surprend aussi par ses jardins en terrasses, ses belles demeures, ses maisons à colombages et la singularité architecturale unique au monde de ses maisons à pondalez (maisons à pans de bois du début du XVIe siècle s'articulant autour d'un escalier à vis soutenant les «ponts d’allées», telles des passerelles).

Durant les XVe et XVIe siècles, l’économie florissante de la cité accroît le trafic maritime dans la Baie de Morlaix et de fait attise la convoitise des corsaires anglais. En juillet 1522, une flotte anglaise débarque à Morlaix, pille la ville et massacre la population. Ce jour-là, nombreux nobles et soldats sont partis à la foire annuelle de Noyal-Pontivy. À leur retour, les pillards anglais, enivrés, se font surprendre dans leur sommeil et se font massacrer : œil pour œil, dent pour dent ! Ce fait d’histoire serait à l’origine de la devise de Morlaix, «s’ils te mordent, mord-les» !

Tout ça nous a ouvert l'appétit. C'est au MAD TAPAS restaurant que nous prendrons le temps de déjeuner. "C’est ici k’sé fait !" est-il inscrit en devanture. Engagé dans une cuisine bretonne respectueuse, l'établissement travaille à l’ardoise des produits bruts, de qualité, en respectant les saisons et en privilégiant l’approvisionnement local. Bref, une très bonne adresse.

MOTOZINE

Nous poursuivons plein Sud notre découverte du Parc Naturel Régional d'Armorique en prenant, par de belles routes à l'enrobé parfait la direction des Réserves Naturelles du Cragou et du Vergam, toutes deux situées sur la commune du Cloître-Saint-Thégonnec. Entre paysages de steppes et de savanes, les landes tourbeuses s'étendent à perte de vue de part et d'autre de la ligne de crête rocheuse des monts d'Arrée. On peut y apercevoir des poneys Dartmoor utilisés pour l'éco pâturage et l'entretien de ce milieu naturel protégé. Des vaches nantaises broutent de-ci de-là les prairies pauvres et broussailleuses tandis qu'un fauchage régulier des landes les plus sèches par des agriculteurs locaux permet le ramassage de litière pour pailler les étables.

MOTOZINE

Un peu plus loin et alors que nous faisons cap à l'Ouest, s'ouvrent devant nous les paysages désolés de Roc'h Trevezel. C'est l'un des points culminants de la partie bretonne du Massif armoricain dans les monts d'Arrée, vestiges d’une ancienne chaîne de montagnes – la chaîne hercynienne – profondément décapée par l’érosion au cours des derniers 320 millions d’années.

MOTOZINE

MOTOZINE
MOTOZINE

Après cette page nature, ouvrons une page culture. Renommée pour sa forêt et ses chaos granitiques, la petite cité de Huelgoat mérite que l’on s’y attarde. À l'extrémité du lac autour duquel s'est développé Huelgoat, la rivière d'Argent tombe de 20 mètres puis va se perdre sous le Chaos du Moulin, impressionnant. Édifice seigneurial construit au XVIe siècle, le moulin vaut à lui seul la visite. Il est le bâtiment le plus ancien de Huelgoat. Sur le linteau de sa porte principale est inscrite la date de 1339. Il est aujourd'hui la propriété du Parc Naturel Régional d'Armorique. Bien d'autres curiosités sont à découvrir à Huelgoat : Le Champignon, un impressionnant bloc de granit de plus de 200 tonnes ressemblant étrangement à un cèpe gigantesque ; La Roche Tremblante, d'un poids supérieur à 100 tonnes. Cet énorme bloc granitique peut osciller légèrement par une simple pression du dos ; La Grotte du Diable qui serait l'entrée de la route qui mène à l'Enfer ; Le Ménage de la Vierge. La légende raconte que cet autre grand amas rocheux était la première maison de la Vierge avec son lit, son chaudron, ses ustensiles de cuisine et le berceau de l'enfant Jésus ; Le Vieux Pont Rouge, au bout de l'Allée Violette. Il permet de passer sur la rivière d'Argent ; La Grotte d'Arthus qui aurait hébergé le roi des chevaliers de la Table Ronde, Arthur. On y voit son lit, creusé dans la pierre et haut perché pour le protéger des bêtes nocturnes ; La Mare aux Sangliers, peu après la grotte d'Arthus. Cette mare magnifique aux eaux limpides tient son nom des sangliers qui – dit-on - aimaient venir s'y baigner ; Le Camp d'Arthus, un important oppidum, espace anciennement fortifié. Loin d'être un simple camp retranché, Artus est une véritable forteresse, un bastion de refuge lors des assauts répétés des légions de César ; Le Gouffre de la rivière d'Argent, la Mare aux Fées et bien d'autres choses...

MOTOZINE

MOTOZINE
MOTOZINE

Étourdis par tant de découvertes surprenantes, nous poursuivons notre progression, toujours plus à l'Ouest jusqu'à atteindre la maison Cornec à Saint-Rivoal, non loin de la tourbière du Yeun Elez. Elle fait partie de l’écomusée des monts d’Arrée qui compte également les Moulins de Kerouat, un ancien village de meuniers situé à Commana. La maison Cornec est un lieu de rencontres et d’échanges autour du monde rural. On peut y visiter une maison à apoteiz (maison à "avancée"), bâtie en 1702 et conservée dans son état d’origine. À proximité, la maison Bothorel, de la même époque, témoigne elle de l’évolution de la vie rurale jusque dans les années 1950. La Maison Cornec est placée au sein d’un corps de ferme comprenant en outre : écuries, étables, bergerie et fours à pain. La collecte de meubles du XVIIIe siècle dans les environs de Saint-Rivoal a permis de reconstituer l’intérieur de cette riche maison paysanne. Des sentiers de promenade conduisent à travers les vergers de pommiers, vers la fontaine et jusqu’au fond de vallée. Une chouette halte.

MOTOZINE

La Forêt du Cranou, rare forêt ancienne et dense que nous traversons à présent est la plus grande forêt domaniale du Finistère, s'étendant sur plus de 1300 hectares à cheval entre Hanvec et Le Faou. Rafraîchissante, elle est composée de feuillus. Son bois était autrefois valorisé sous forme de bois d’œuvre pour la construction navale et était exporté par voie maritime depuis le port du Faou jusqu’à la Marine royale de Brest.

MOTOZINE

L'arrivée dans la petite cité de caractère du Faou, ancien port important de la rade de Brest annonce la fin de notre périple, superbe. C'était un "bon coup de moto" !

SOMMAIRE / VOYAGES / TOURING / PUBLICATION 008