ESPAGNE & PORTUGAL

Terre d'émotions, terre de sensations

DATE DE PUBLICATION : 2027-01-01
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Olivier GALLARD
Olivier GALLARD (Textes & Photos) - Guide-instructeur moto diplômé, organisateur de randonnées en France et de raids partout dans le Monde, il est l'administrateur de MOTOZINE
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Partir à la découverte de la péninsule ibérique, c’est aller explorer l'une des plus magnifiques régions d’Europe. Venir en Espagne et au Portugal, c'est avoir l'assurance de pouvoir sillonner de toutes petites routes sinueuses dans d'extraordinaires paysages composés ici de vastes étendues d’oliveraies et d'amandiers, là de vignes et d’orangeraies ou encore de forêts d'eucalyptus, c'est être certain(e) également de tomber sous le charme des ruelles aux teintes mordorées de villages pittoresques, c'est contempler les majestueux et riches édifices témoins de l'histoire hispano-portugaise. Mais c'est aussi goûter à une gastronomie unique, se régaler de tapas ou d'une paëlla, déguster un verre d'excellent Porto ou croquer dans un délicieux Pastéis de Belém, c'est savourer un bon plat de morue ou de porc grillé. Partir à la découverte de la péninsule ibérique, c'est prendre du plaisir.

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Idéalement située dans la Soule, la plus discrète et la plus sauvage des sept provinces du Pays basque, au cœur du charmant petit village de Montory, l'Auberge de l'Étable sera le point de départ prévu demain matin et de retour de mon voyage. Le cadre est enchanteur et reposant, l'établissement que je connais bien est noyé dans la nature luxuriante des montagnes alentours et ma nuit passée ici aura été bercée par le son envoûtant des clarines des bovins, loin, là-bas dans les alpages. L’Auberge de l’Étable qui perpétue traditions et passion depuis le XIVème siècle sait offrir aux voyageurs une cuisine locale et de grande qualité. Une très bonne adresse, assurément.

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Montory (Pyrénées-Atlantiques - France) / Ampuero (Cantabrie - Espagne)

C'est le grand jour, l'heure du grand départ. Dans un froid glacial, subissant de fortes rafales de vent et sous un ciel chargé de pluie j’atteins péniblement le Port de Larrau (1578m), ou Uthurzéhétako-Lépoua en basque, ou encore Puerto de Larrau en espagnol. Le col est situé à moins de trente kilomètres de Montory et marque la frontière franco-espagnole. Les nuages semblent se dissiper au loin, vers le sud-est, pile dans ma direction... À moi le soleil, la chaleur !

En milieu de matinée, me voilà déjà arrivé à Pampelune, la capitale de la communauté autonome de Navarre. Pampelune est surtout connue pour la course de taureaux qui se déroule lors des fêtes de San Fermín chaque année en été. Au cours de ces festivités légendaires qui durent plusieurs jours, des taureaux sont poursuivis dans les rues de la ville par des coureurs inconscients. Aujourd'hui je ne risque rien.

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À Estella-Lizarra, je prends plein nord. Une vingtaine de kilomètres plus loin je m'accorde une pause au Mirador del Puerto de Lizarraga. Il offre une vue spectaculaire sur le mont Beriain (1493m) faisant partie de la chaîne d'Andia. Son profil acéré est une image emblématique de la vallée qui relie Vitoria-Gasteiz à l'ouest et Pampelune à l'est. Il se trouve tout près du col de Lizarraga, accessible par un petit tunnel routier pittoresque.

Je poursuis ma route en direction du Parque Natural Aralar. Il est l’une des plus importantes zones montagneuses du Pays Basque, l’environnement idéal aussi pour découvrir l'architecture typique des fermes basques, y déguster du fromage Idiazabal, y boire une bolée de cidre au kupela (tonneau). Témoins du passé, une trentaine de dolmens, tumulus et monolithes, des cromlechs, des grottes sont à voir, disséminés un peu partout dans cet espace naturel préservé.

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C'est à Zarautz que j'atteins l'Océan-Atlantique et le golfe de Gascogne, golfe de Biscaye en espagnol. La route d'abord côtière tournicote puis s'enfonce dans les terres. Je pénètre maintenant dans l'Urdaibai, un espace naturel d'une beauté extraordinaire, classé Réserve de la Biosphère par l'UNESCO. Il est traversé par le fleuve Oka qui se transforme en estuaire marécageux et grouillant de vie à Mundaka. On peut y contempler le balbuzard pêcheur, la spatule, le butor étoilé... Urdaibai renferme également certaines des plus belles plages d'Euskadi, le Pays Basque espagnol. On compte parmi elles la spectaculaire plage de Laga, dominée par l'imposant Ogono-Atxurkulu Talaia que d'aucuns prétendent qu'il est "le rocher le plus proche du paradis".

Moins réjouissante sera la traversée de Bilbao, une ville portuaire industrielle du nord de l'Espagne sans aucun charme, même si elle est pourtant entourée de vertes montagnes. Capitale du Pays basque, elle est surtout connue pour son musée d'art moderne, le Guggenheim Bilbao Museoa, dessiné tout en courbes de feuilles de titane par Frank Gehry.

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Il se fait tard. Il est temps pour moi de trouver un endroit calme et relativement plan pour bivouaquer. À Ampuero je quitte la route et je m'engage sur une piste facile. Ça grimpe un peu, ça grimpe un peu plus, ça grimpe fort. J'arrive bientôt sur un plateau couvert d'eucalyptus. Cet espace dégagé en lisière de forêt sera parfait, tout près, à quelques dizaines de mètres seulement du menhir Yelso de Hayas, connu également sous le nom de Mojón Alto. Il surplombe toute la vallée. Au loin je distingue l'océan. Superbe à la nuit tombante !

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Ampuero (Cantabrie - Espagne) / Boca de Huérgano (Castille-et-León - Espagne)

Au programme de cette deuxième journée de voyage, la traversée de la Cantabrie d'est en ouest. Cette communauté autonome du nord-ouest de l'Espagne offre aux voyageurs de passage des paysages d'une grande variété et d'une époustouflante beauté. Je compte bien en profiter !

Côté océan on trouve Santander, sa capitale, un port ouvert sur le golfe de Biscaye. La ville est connue pour ses longues plages courbées d'El Sardinero et de Somo, pour son Isla de Mouro surmontée d'un phare marquant l'entrée de la Bahia de Santander et pour son Palacio Royal de La Magdalena, édifié sur la Punta el Higar.

Côté terre, dans les montagnes recouvertes de forêts se détachent nettement tout à l'ouest les sommets du Parque Nacional de los Picos de Europa, partagé entre les Asturies, la Cantabrie et le León. En Cantabrie, on compte aussi un nombre très important de grottes, parmi lesquelles l'impressionnante Cueva El Soplao, véritable chef-d'œuvre de la nature. La grotte s'étend sur environ dix-sept kilomètres, mais seule une portion de mille cinq cent mètres est accessible aux visiteurs qui peuvent ainsi traverser deux de ses huit galeries, La Gorda et Los Fantasmas.

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Le Parque Natural Collados del Asón, exceptionnel, présente un grand intérêt écologique. Il est caractérisé par des affleurements calcaires, de petites hêtraies, des chênaies typiques de Cantabrie et des prairies pour le pâturage. Cet habitat diversifié a permis le développement d'une faune variée, caractéristique des monts Cantabriques. Le petit hameau préservé d'Asón près duquel je ferai un longue pause est le seul village situé à l'intérieur des limites du parc.

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Me voilà à présent près de l'Embalse del Ebro, une vaste retenue d'eau. Sur sa rive sud émerge L'Iglesia de Villanueva de Las Rozas, indissociable du réservoir. Quatre villages ont été inondés à l'occasion de sa mise en eau mais de ceux-ci, seule l'Iglesia de Villanueva de Las Rozas, ou plutôt son clocher, subsiste. On y accède facilement par une passerelle en bois. Un escalier en colimaçon permet de monter au clocher et d'admirer une vue imprenable sur la retenue d'eau.

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Plus loin, je découvre avec émerveillement Las Valles Altos del Nansa y Saja y Alto Campoo. Landes, forêts, pâturages et pics montagneux en composent les paysages. Protégée, c'est une zone clé pour la conservation de l'ours brun et du loup ibérique. Quelques kilomètres encore et me voici à l'entrée du Desfiladero de La Hermida, une gorge abrupte de plus de vingt kilomètres, la plus longue de la péninsule ibérique. La rivière Deva la traverse, bordée de parois rocheuses culminant à environ six cents mètres et véritablement spectaculaires.

Après avoir contourné durant une bonne partie de l'après-midi le Parque Nacional de los Picos de Europa par l'est, je quitte bientôt la Cantabrie et pénètre en Castille-et-León, au passage du Puerto de San Glorio (1609m) précisément. Reliefs abrupts et dénivelés vertigineux se succèdent, c'est un régal pour les yeux. Les vallées nichées au creux des montagnes contrastent avec les sommets enneigés et les lacs glaciaires. Les toutes petites routes tortueuses à l'enrobé parfait que j’emprunte invitent à la prudence.

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Ce soir je planterai ma tente en bordure de l'Embalse de Riano, près du village de Boca de Huérgano. L'endroit est insolite et idyllique. La retenue d'eau a englouti une petite route abandonnée qui s'enfonce aujourd'hui dans les flots, formant ainsi une cale douce de laquelle je pourrai facilement me jeter à l'eau pour un bon bain. Bientôt le soleil disparaît et avec lui la douce chaleur de la fin de journée. La nuit sera froide, très froide !

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Boca de Huérgano (Castille-et-León - Espagne) / Rio de Onor (District de Bragance - Portugal)

Il fait vraiment frisquet ce matin. l'Embalse de Riano est noyé dans la brume et ma moto, ma tente sont recouvertes d'une fine couche de givre. Après avoir bu un bon café bouillant, mangé quelques brioches et barres énergétiques raidies par le froid de la nuit je m'équipe très chaudement. Mes bagages solidement fixés à ma monture, la goutte au nez je prends la route vers le sud et, je l'espère vers un peu plus de chaleur. Le thermomètre affiche -1°C. Aglagla !

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Une poignée de kilomètres me sépare du village de Riano. Peu avant et peu après, les panoramas sur la montagne encore embrumée qui se reflète dans les eaux paisibles du lac sont sublimes. Je peine à déclencher les prises de vue sur mon smartphone tant mes doigts sont engourdis. Il fait vraiment très, très froid. Je ne m'attarde pas, espérant profiter des premiers rayons de soleil qui apparaissent pour me réchauffer un peu. Ils sont annonciateurs d'une belle journée, riche de paysages encore inconnus. Ce n'est qu'au moment de découvrir l'Embalse del Porma, une autre retenue d'eau que je retrouve tous mes moyens. Depuis le Mirador de Vegamián, là aussi les perspectives sur les sommets environnants sont fabuleuses. Et une fois encore, les villages riverains de la rivière Porma qui alimente le lac ont disparu. Seuls les hameaux fantomatiques, partiellement ruinés et desquels les derniers habitants ont été expropriés d'Utrero et de Camposolillo n'ont pas été submergés.

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Aux environs de midi, j'atteins León. La ville est un point de passage obligé du Chemin de Saint Jacques de Compostelle. Le Camino Francés qui traverse la cité riche de monuments historiques est l'un des itinéraires les plus populaires du pèlerinage.

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Cap au sud toujours, jusqu'à Benavente. Là, je prends franchement la direction de l'ouest. Je vais préférer à l'autoroute A-52, monotone, la N-525 plus agréable. Peu après Camarzana de Tera, je suis intrigué par des cheminées qui semblent jaillir du sol sur la droite de la route. Une piste s'enfonce dans un paysage de maquis et de falaises de terre ocre-rouge. L'endroit est irréel et mérite bien une exploration. Des habitats semi-troglodytiques sont disséminés un peu partout. De profondes caves ont été creusées en sous-sol. Mais la température est devenue presque insupportable, il fait plus de 42°C ! Régulièrement depuis mon départ ce matin, je me suis arrêté pour retirer tel à un oignon qu'on épluche des pelures de vêtements. Là, il fait vraiment très chaud. Je reprends la route, dégoulinant de sueur.

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À Puebla de Sanabria, je repique au sud jusqu'à atteindre Rio de Onor. J'adore ce village que j'ai eu l'occasion de traverser dans le passé à plusieurs reprises, lors de voyages hors routes. L’expression «être au bout du monde» prend tout son sens au moment de pénétrer dans Rio de Onor. Visiter Rio de Onor, c’est être ailleurs, hors du temps. Rio de Onor est coupé en son milieu par la frontière qui sépare le Portugal de l’Espagne. Une grosse borne de pierre marque cette frontière. À Rio de Onor la moitié des habitants est portugaise et l’autre moitié, espagnole. C’est un exceptionnel village communautaire où les habitants partagent les hórreos, ces greniers sur pilotis typiques du nord-ouest de la péninsule ibérique mais également les fours à pain, les puits, des terres agricoles et des troupeaux. La forge, le lavoir, le moulin aussi sont mis en commun. Curieusement, il y a deux églises à Rio de Onor, l'une côté portugais et l’autre côté espagnol. Le village vaut vraiment le détour.

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Me voici donc au Portugal. Je m'enfonce dans le Parque Natural de Montesinho, c'est l'un des plus grands du pays. Il couvre la partie nord des districts de Bragance et Vinhais, qui font partie de ce qu'on appelle la Terre froide Transmontana. Pas trop froide j'espère...

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Je planterai ce soir ma tente au bord d'un ruisseau, dans une prairie bien verte, à l'abri de grands arbres. Pour parvenir jusque-là j'aurai effectué plusieurs kilomètres sur une mauvaise piste pierreuse, toute en forte descente. Mais quelle récompense ! L'endroit est juste parfait.

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Rio de Onor (District de Bragance - Portugal) / São Gião (District de Coimbra - Portugal)

La mauvaise piste toute en descente et en cul-de-sac empruntée hier en fin de journée pour parvenir jusqu'à mon aire de bivouac se transforme immanquablement en mauvaise piste toute en montée ce matin, c'est logique. Je fais chauffer le moteur de ma machine avant de le solliciter. Tout s'est bien passé, je rejoins rapidement la route. Je tourne à droite pour prendre la direction du Parque Natural do Douro Internacional. Mais avant de parvenir aux portes du parc, je décide de faire un crochet pour aller visiter Bragança, située tout au nord-est du Portugal. La ville historique de Bragança fut jadis un site stratégique important pour la défense de la frontière du pays contre les incursions espagnoles. Dans l’enceinte des remparts médiévaux se trouve le remarquable donjon du Castelo de Bragança qui, depuis son toit-terrasse offre un beau panorama sur tous les environs.

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C'est juste après avoir traversé le petit village de Freixo de Espada à Cinta que je vais découvrir toute la beauté et l'immensité de la vallée du Douro, en portugais, Duero en espagnol. Le Parque Natural do Douro Internacional, rive droite du Douro fait face au Parque Natural de Arribes del Duero, rive gauche du... Duero. Tous les deux se font concurrence et c'est à celui qui offrira aux visiteurs les plus beaux «spots à photos». Aménagé côté portugais, le Miradouro de Penedo Durão situé à 550m d'altitude est l’un des points de vue les plus impressionnants sur les collines environnantes, par endroits arides et sauvages, plus souvent organisées en terrasses et sur lesquelles poussent des vignes célèbres produisant les raisins utiles à la vinification du Porto, mais également des oliveraies. Cet endroit paisible est idéal pour observer les vautours fauves, les aigles et autres oiseaux de proie survolant les méandres du cours d'eau. Et en cherchant bien, on peut trouver ici certaines des plus belles peintures rupestres préhistoriques d'Europe, notamment près du village de Vila Nova de Foz Côa, un peu plus à l'ouest.

À Barca de Alva je traverse le fleuve et je poursuis ma route, plein sud, puis à Figueira de Castelo Rodrigo je prends la direction de l'ouest pour me rendre à Marialva, une autre cité historique de caractère, rendue célèbre par son pilori, un poteau auquel on attachait un condamné à l'exposition publique construit au XVième siècle et mesurant environ six mètres de hauteur. Il se dresse tout comme l'ancienne prison, le tribunal et l'église à proximité d'un château auquel on accède par un ensemble de portes et de chaussées médiévales. Le petit village de Marialva fut une importante forteresse au Moyen Âge.

Mais avant d'arriver à Marialva, je m'arrêterai à l'entrée sud de l'Área Protegida Privada da Faia Brava, un endroit vraiment très surprenant. L'Área Protegida Privada da Faia Brava, située dans la vallée du Côa est une zone protégée extrêmement riche en vie sauvage, qui possède des lieux de nidification et des zones d'alimentation d'importantes colonies de passereaux, de rapaces comme le vautour fauve, l'aigle royal, l'aigle de Bonelli, le percnoptère d'Égypte ou encore la cigogne noire. Cette zone protégée est la propriété de l'Associação Transumância e Natureza qui souhaite préserver, promouvoir, faire connaître et diffuser les valeurs de la nature et de la biodiversité par le biais d’un modèle de gestion durable. On peut ainsi, en sillonnant des sentiers ancestraux, s'émerveiller de la découverte des tumultes du Côa, d'une grande forêt de chênes-lièges, de maisons traditionnelles, de pigeonniers et de greniers typiques. Bref, un bon moment nature et découverte.

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À l'entrée sud de l'Área Protegida Privada da Faia Brava, passé un portillon de bois coincé entre deux murs de pierres sèches, on peut aller observer une bien curieuse construction. Il s'agit d'un ossuaire pédagogique vraiment original qui, dans des alvéoles de pierres blanchies à la chaux et de petites niches de bois rassemble les ossements nettoyés par les charognards de quantité d'animaux sauvages ou domestiques. L'endroit est à découvrir, absolument.

Je reprends la route, direction Guarda cette fois, la ville la plus élevée du Portugal (1060m). Elle aussi a su conserver des monuments historiques exceptionnels, comme autant de témoignages brillants d'une histoire glorieuse. Une ville noble faite de granit qui embrasse les reliefs naturels splendides de la Serra da Estrela. Guarda a joué un rôle majeur dans la ligne de défense de la frontière portugaise au Moyen Âge et reste une ville à l'identité vraiment forte.

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C'est justement au cœur de la Serra da Estrela que je vais m'enfoncer maintenant, jusqu'à parvenir au Malhão da Estrela, le point culminant du Portugal continental (1993m). Une tour de pierre, la Torre trône au sommet de ce géant naturel de granit. Cette tour surmontée d'un dôme doré a été construite pour symboliser la suprématie de la Serra Da Estrela sur ses environnants. Sur le versant est du Malhão da Estrela, la rivière Zêzere prend sa source puis s'écoule dans l'immense vallée glaciaire couverte de forêts de bouleaux de Covão da Ametade, un site emblématique du Portugal.

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Le relief et la flore de la Serra da Estrela comptent parmi les plus riches de toute l’Europe occidentale, proposant une grande variété de couleurs et d’écosystèmes. Le massif de la Serra Da Estrela fait partie de ces endroits qui valent vraiment le détour. l'UNESCO a d'ailleurs conféré à la Serra da Estrela le statut de géoparc, c'est dire si elle est belle.

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Il se fait tard. C'est près de São Gião à quelques kilomètres seulement à l'ouest et au pied du Malhão da Estrela que je planterai ma tente ce soir. Mais il me faut tout d'abord trouver un terrain plat. Pas facile dans ce relief escarpé. Je m'engage dans un premier chemin... raté. Dans un autre... encore raté. Dans ce troisième alors... bingo ! Je passerai la nuit... sur un terrain de football d'altitude totalement abandonné, noyé dans un maquis d'épineux et de conifères. L'endroit est insolite. Le soleil se couche, il fait doux, il n'y a pas un souffle d'air, la nuit promet d'être excellente.

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São Gião (District de Coimbra - Portugal) / Nazaré (District de Leiria - Portugal)

Ce sera une étape presque 100% nature aujourd'hui. Je vais explorer le cœur sauvage du centre du Portugal en «cruisant» à une altitude moyenne de cinq cents mètres environ, le plus souvent sur de petites routes «viroleuses» à souhait bordées de forêts de chênes-lièges chétifs et au déroulé de bitume parfait. Je quitte donc mon terrain de football pour un autre terrain de jeu, celui de la route. Au moment de partir, il fait frais et les vallées en contre-bas sont toutes noyées dans un épais brouillard très humide. Mais très vite le soleil fait son apparition. Il ne me quittera pas de la journée. Dans les courbes, prises pourtant à vitesse raisonnable il n'est pas rare que j'entende les pneus de ma moto crisser sur l'asphalte maintenant chauffé par le soleil. Je prendrai tout de même le temps durant cette cinquième étape de mon voyage de visiter quelques belles cités chargées d'histoire, telles Coimbra la fluviale, Tomar l'artistique, ou encore Batalha la batailleuse. Ce soir, je dormirai dans un camping, celui de Nazaré, la dynamique station balnéaire mondialement connue pour son spot de surf.

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En milieu de matinée me voilà à Coimbra, souvent considérée comme une simple étape entre Lisbonne et Porto mais qui pourtant récompense le voyageur qui s'y attarde. Située à une quarantaine de kilomètres de l'océan Atlantique, Coimbra fut jadis le cœur médiéval du royaume naissant du Portugal, une capitale perchée sur les rives du fleuve Mondego qui prend sa source dans la Serra da Estrela que je viens de quitter. Au centre de la vieille ville médiévale bien conservée auquel on accède par un dédale escarpé de rues pavées se trouve une université historique, l'une des plus anciennes du monde. Elle est célèbre pour sa bibliothèque baroque, la Biblioteca Joanina. Ce mélange de traditions ancestrales et de vie étudiante dynamique fait de Coimbra l'une des destinations les plus fascinantes du centre du Portugal.

Après une nouvelle longue et jouissive incursion dans les magnifiques paysages du centre du pays j'arrive à Tomar, une ville pleine de charme. Tomar est l'ancien siège de l'ordre des Templiers. Quel que soit le motif d'une visite à Tomar, il est indispensable de monter au château des Templiers et de découvrir l'ouvrage monumental du couvent du Christ. La rotonde en est la partie la plus ancienne mais quantité d'autres petits joyaux d'architecture sont à découvrir également, comme les ornements du portail Renaissance, les détails du grand cloître et les dépendances liées aux rituels des Templiers.

Je me dirige maintenant plein ouest. Le soleil commence à décliner. Un dernier arrêt culturel est prévu à Batalha. La petite ville, paisible, doit son existence même à l'un des événements les plus importants de l'histoire portugaise : la bataille d'Aljubarrota. C'est sur ces terres qu'en 1385, une armée portugaise a assuré l'indépendance du pays vis-à-vis de la Castille, rien que ça !

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Une vingtaine de kilomètres seulement me sépare de Nazaré, ma ville étape pour ce soir. Nazaré offre un contraste saisissant, où les traditions d'un fier village de pêcheurs côtoient le sport extrême. Pendant des siècles, l'âme de la ville était liée à la Praia da Nazaré, réputée pour ses bateaux de pêche colorés. Aujourd'hui, cet héritage partage la vedette avec la puissance indomptée de l'océan Atlantique et la réputation de Nazaré comme épicentre mondial du surfe de très, très grosses vagues. Les charmantes rues pavées de la ville basse mènent à un funiculaire qui vous propulse au promontoire du Sítio. Depuis le Miradouro do Suberco perché à 110m de hauteur on embrasse toute la ville et la Praia da Nazaré. Depuis le Miradouro das Ondas da Nazaré, tout près du Forte de São Miguel Arcanjo on domine l'océan. L'endroit est spectaculaire lorsque les déferlantes explosent littéralement sur les falaises de la côte déchiquetée.

Alors que le soleil disparaît à l'horizon, je m'autorise un bon dîner de poissons pris sur le front de l'océan. Je suis bien, là...

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Nazaré (District de Leiria - Portugal) / Lisbonne (Portugal)

7h30. Ma tente est pliée, mes sacs de voyage sont bien fixés à ma moto. Je pousse ma machine moteur éteint jusqu'à la sortie du camping pour ne pas réveiller les résidents. Ce matin j'irai prendre mon petit déjeuner dans une pastelería de Nazaré, sur le front de l'océan déjà baigné d'une belle lumière blonde et tiède. J'aurai bien du mal à me décider ensuite à prendre la route tant je suis bien ici, mais il le faut car j'aimerais arriver à Lisbonne en début d'après-midi pour prendre le temps de la visiter en profondeur. C'est parti !

Je m'enfonce un peu dans les terres pour échapper au littoral très urbanisé de ce qui est appelé ici la Côte d'Argent, très prisée des lisboètes, avec ses plages sauvages, ses villes historiques et ses littoraux époustouflants. Me voici à Alcobaça. Immanquable tant il est imposant et classé au Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO, le Mosteiro de Santa Maria de Alcobaça est l’un des témoignages les plus impressionnants de l’architecture cistercienne en Europe. Bien qu’il ait été construit il y a pratiquement neuf siècles, il conserve intacts ses bâtiments abbatiaux du Moyen Âge et son église de style gothique primitif. Je me contenterai d'en découvrir la façade.

Quelques dizaines de kilomètres plus au sud se trouve Óbidos. Rares sont les lieux qui incarnent la magie du Portugal médiéval aussi parfaitement qu'Óbidos. Une imposante muraille entoure une ville à l'allure presque féerique parfaitement préservée d'une beauté saisissante, faite de ruelles pavées bordées de maisons traditionnelles et menant presque toutes à l'imposant et majestueux château. Pas étonnant que la petite cité soit devenue un incontournable pour tout visiteur de la région de Lisbonne. Pendant des siècles, Óbidos fut le cadeau de mariage traditionnellement offert par les souverains aux reines du Portugal. Cette longue histoire de mécénat royal en quelque sorte assura sa préservation, lui valant le surnom affectueux de «Vila das Rainhas», la ville des reines.

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Tantôt édifiés en plein champs, tantôt aux abords des villages, des dizaines de moulins à vent trapus, blancs et bleus animent le paysage marqué par des murs de pierres sèches, lesquels délimitent les parcelles agricoles et où l’on produit encore le vin de Colares. Comme autant de jalons, les moulins me dirigent presque tout droit jusqu'au Cabo da Roca.

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Cabo da Roca, c'est le cap sauvage, isolé, battu par les vents et escarpé qui marque le point le plus occidental de l'Europe continentale et que les anciens croyaient être l’endroit «où la terre finit et la mer commence». De là, des sentiers de randonnée pittoresques sillonnent le haut des falaises et mènent à des plages immaculées telles que la Praia da Ursa ou la Praia da Adraga. Ce promontoire est un lieu magique à visiter au coucher du soleil qui se reflète alors sur l'immensité de l'océan Atlantique.

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Dans les terres, la Serra de Sintra couverte d’une végétation luxuriante domine le paysage, à quelques kilomètres seulement des faubourgs de la grouillante Lisbonne. Un microclimat enveloppe là le Parque Natural de Sintra-Cascais baigné d'arômes frais et exotiques. À sa périphérie, Sintra, élue résidence d’été par les rois, nobles et bourgeois aisés conserve un remarquable patrimoine architectural s’harmonisant à merveille avec la nature, ce qui motiva d'ailleurs l’UNESCO à le classer Patrimoine de l’Humanité dans la catégorie des paysages culturels. Mais c'est sans conteste le très fantasque et romantique Palácio National da Pena qui attire le plus le regard. Véritable chef-d'œuvre du XIXième siècle, ce palais féerique surgit dans un éclat de couleurs depuis son promontoire, au sommet d'une colline de la Serra de Sintra. Son architecture excentrique, fruit de la vision du roi Ferdinand II, mêle terrasses panoramiques, tours gothiques, arches mauresques et détails manuélins. À l'intérieur, les appartements royaux ont été méticuleusement préservés. Le Palácio National da Pena est à voir, absolument !

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Bienvenue à Lisbonne, capitale du Portugal, l’une des plus belles, attachantes et vibrantes villes d’Europe. Le charme des collines ourlées sillonnées par de vieux tramways et couvertes de bâtisses colorées aux tons pastels chauds de la vieille ville de Lisbonne vous ravira tout comme je l'ai été, j'en suis certain. Habillant des façades entières ou des pans de murs, l’azulejo, cette céramique vernissée d'un bleu profond typique du Portugal s’impose partout sur les maisons, dans les églises et palais... Peints à la main, les azulejos représentent le plus souvent des motifs géométriques et des scènes du quotidien. Aujourd’hui, l’azulejo est devenu un véritable emblème du Portugal. Et que dire de la cuisine de Lisbonne, savoureuse. Les quartiers de Belém, de Bairro Alto, de Baixa ou encore de Graça, celui de l'Alfama sont autant de lieux à découvrir impérativement. J'adore la captivante Lisbonne !

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Lisbonne (Portugal) / Puebla de Obando (Estrémadure - Espagne)

C'est loin du tumulte de Lisbonne, dans un hôtel de la station balnéaire de Setúbal que j'avais choisi de passer une bonne nuit avant d'entamer ma remontée vers la France en quatre étapes encore pleines de belles découvertes. Je suis parvenu ici en franchissant le Tage par le grand Ponte 25 de Abril, au sud de la capilale, puis en empruntant la réjouissante et très sinueuse Estrada de Escarpa (N379-1) traversant la Serra da Arrábida, une magnifique chaîne de montagnes côtières d'une vingtaine de kilomètres de longueur seulement, où des escarpements calcaires verdoyants et boisés plongent de façon spectaculaire dans les eaux de l'océan Atlantique. La Serra da Arrabida est connue également pour ses plages idylliques, telles celles d'Alpertucho à Portinho da Arrábida, de Creiro ou encore celles de Galapinhos et de Figueirinha aux eaux limpides. Ce sont là certains des plus beaux sites de baignade de tout le Portugal.

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Je prends ce matin la route du centre-sud du Pays après être allé déambuler un long moment dans le charmant petit port de pêche de Setúbal. Un premier arrêt est prévu en milieu de matinée au Cromlech dos Almendres (photographies : double-page suivante). C'est un spectaculaire ensemble de menhirs, constitué par quatre-vingt quinze monolithes disposés en deux cercles concentriques. Certains menhirs présentent des gravures schématiques et géométriques. Un peu plus loin se trouve un menhir de près de quatre mètres de hauteur. On accède ici par une piste défoncée et très poussiéreuse de près de cinq kilomètres.

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Il fait déjà extrêmement chaud, pas loin de 40°C sans doute. Je me rends maintenant à Évora, chef-lieu de la région de l'Alentejo classé au Patrimoine Mondial de l'UNESCO (photographies : double-page précédente). Dans le centre historique préservé, un charmant dédale de rues pavées et de places ensoleillées, des maisons blanchies à la chaux entourent la cathédrale, une imposante structure gothique. Le Templo Romano de Évora et l'Aqueduto da Água de Prata trahissent eux le passé d'avant-poste romain de la cité. Plus au sud de la ville, l'église de São Francisco abrite la Capela dos Ossos, à l'atmosphère macabre et glaçante, l'un des sites les plus fascinants du Portugal. La chapelle contient plusieurs milliers d'os, empilés dans des niches et utilisés pour créer d'intrigants motifs décoratifs le long des plafonds voûtés, des murs et autour des colonnes. Ainsi, le nombre impressionnant de monuments nationaux à Évora n'est-il surpassé que par Lisbonne, pourtant bien plus grande. Évora est une ville-musée dynamique et pleine de vie, animée par les étudiants de son université historique, l'une des plus anciennes au monde.

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Je poursuis ma découverte de l'Alentejo, cette région de plaines vallonnées et baignées de soleil, d'anciennes forêts de chênes-lièges et de villages fortifiés à fort caractère. Monsaraz, perché sur une éminence rocheuse à quelques kilomètres seulement de la frontière espagnole en est un bon exemple (photographies : double-page précédente). Depuis le haut du village considéré comme l’un des plus anciens du Portugal on a une splendide vue sur le lac Alqueva, l'un des plus grands lacs artificiels d’Europe. Mais le site incontournable de Monsaraz reste son château avec ses tours médiévales dominant la vallée du sommet de la colline. Plus au nord-ouest, implanté sur un des points les plus élevés de la Serra de Ossa se trouve le bien curieux Castelo de Évora Monte. Il remonte au XIIe siècle. C’est un monument singulier dans l’architecture militaire portugaise. Il a la forme d'un quadrilatère régulier de trois étages, avec quatre imposants donjons circulaires gravés de motifs de cordes manuélines. Depuis le toit-terrasse on a une superbe vue sur la région. Un peu plus loin, je fait une pause dans la ville blanche d'Estremoz. Elle s'est rendue célèbre pour l'extraction et l'exploitation d'un marbre blanc de grande qualité, contribuant ainsi à faire du Portugal le second producteur de marbre au monde.

Après avoir parcouru plus de quatre cents kilomètres à moto aujourd'hui et après avoir beaucoup marché également, je décide de chercher sans plus tarder un endroit pour dormir. Je viens de traverser la frontière, c'est donc en Espagne que je bivouaquerai ce soir. La Sierra de San Pedro couverte de pâturages, de forêts de chênes, d'oliveraies et de champs de graminées dans laquelle je m'enfonce alors que le soleil se couche sera parfaite. C'est finalement dans les environs de Puebla de Obando que j'établirai mon campement. Bonne nuit !

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Puebla de Obando (Estrémadure - Espagne) / Revenga (Castille-et-León – Espagne)

Réveillé par le vacarme des cochons noirs ibériques venus se vautrer dans un marigot, à quelques dizaines de mètres seulement de ma tente et par les myriades de mouches qui les accompagnent, je dois me résoudre à me lever plus tôt que prévu. Il fait déjà grand beau et chaud, la journée s'annonce bien, même si j'aurais préféré un réveil moins brutal...

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Je m'élance sur la très belle route qui va me faire traverser partiellement la Sierra de Fuentes aux environs de Cáceres, puis les parcs naturels des Sierras de Francia et de Gredos. Ces espaces préservés m'offrent à voir de nombreux endroits singuliers, comme la forêt d'arbousiers de Miranda del Castanar, qui est l'une des plus anciennes et des plus vastes d'Europe, ou encore la Pena de Francia, un extraordinaire mirador naturel servant de refuge à un monastère dominicain du XVième siècle. Je n'aurai pas l'occasion de croiser le lynx ibérique dans la Sierra de Francia, trop sauvage, discret et méfiant mais en revanche j'entendrai distinctement le craquètement incessant des cigognes venues nicher par dizaines sur les clochers des chapelles et chassant les amphibiens et les petits reptiles dans les prairies, aux abords des trous d'eau. La Sierra de Gredos quant à elle, dominée par le Pico Almanzor (2591m), le plus haut sommet de tout le système central espagnol et peuplée de bouquetins est malheureusement en grande partie inaccessible par la route. Je me contenterai d'en parcourir le piémont ouest et d'admirer quelques belles lagunes fleuries.

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Je quitte une page 100% nature pour quelques pages culture. Me voici à Salamanque. Au centre de la cité historique se trouve la Plaza Mayor d'inspiration baroque, ceinturée de galeries aux quatre-vingt-huit arcades ouvragées en grès doré, point de rencontre par excellence. C'est une des places les plus belles d'Espagne. Je me rends ensuite à Ávila. Ávila est surtout connue pour sa muraille médiévale intacte, dotée de quatre-vingt-sept tours semi-circulaires crénelées et de neuf portes, dont la Puerta del Alcázar à l'est, agrémentée d'un arc en plein cintre. Les remparts sont le véritable symbole d'Ávila. On les aperçoit de loin. Ils valent à la ville d'être considérée comme l'une des cités fortifiées les mieux conservées en Europe. La cathédrale d'Ávila n'est pas en reste, considérée comme la première cathédrale gothique d'Espagne elle est adossée aux remparts parce qu'elle fut conçue également comme une forteresse. Quant aux représentations de Sainte Thérèse d'Ávila, autre symbole de la ville, elles sont présentes partout : des sculptures en son honneur aux pâtisseries traditionnelles, les yemas de Santa Teresa. Ces pâtisseries réalisées exclusivement avec des jaunes d'œufs qui sont brassés dans des bols en cuivre et auxquels on ajoute un sirop de sucre, de la cannelle et de l'écorce de citron sont un vrai régal, au point que j'en achèterai une bonne quantité que je dégusterai assis sur mon fauteuil de camping, au bord d'un ruisseau. C'est là que je passerai la nuit, à quelques kilomètres seulement au sud de Ségovie.

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Revenga (Castille-et-León – Espagne) / Villar del Rio (Castille-et-León – Espagne)

L'avant-dernière étape de mon voyage étant relativement courte, je m'autorise une grasse-matinée... Toute relative elle aussi en réalité puisqu'à 8h15, je suis déjà prêt à m'élancer, moteur chaud. La ville historique de Ségovie se trouve à moins de dix kilomètres, je choisis donc d'aller y prendre un bon petit déjeuner, sur la Plaza Azoguejo exactement. C'est de là qu'on a la plus belle vue sur l'emblématique aqueduc romain de Ségovie. Il comprend 167 arches, pour la plupart construites dans un granit sans mortier. Une prouesse ! La ville castillane est présentée par les guides touristiques comme étant digne d’un conte de fées. Je pars donc à la découverte de ses fortins et tourelles, de ses édifices religieux, ses palais, ses jardins et ses cours intérieures mais surtout de son Alcazar, un château fortifié dont l'origine remonte au XIIième siècle qui est situé à l'ouest de la vieille ville et qui semble tout droit sorti d’un dessin animé. On dit qu'il a peut-être inspiré un dessinateur de Disney pour créer celui de Blanche-Neige... L'édifice possède de nombreux passages secrets qui descendent jusqu'à la rivière Eresma, un affluent du fleuve Duero et qui communiquent avec certains palais de la ville. Depuis le sommet de la tour principale auquel on accède en gravissant avec mérite cent-cinquante-deux marches, la vue est imprenable sur les sierras environnantes. La visite de Ségovie aura été un véritable enchantement.

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Une longue portion de belle route me sépare de mon prochain arrêt, prévu à Calatanazor, près de Soria. Mais c'est à El Burgo de Osma qu'en fait je ferai une pause. Mon regard y a été attiré par ses arènes circulaires, impressionnantes. Des ouvriers s'affairent autour de la Plaza de toros, d'ordinaire close en dehors des jours de corridas. Ils m'autorisent à pénétrer dans les arènes pour y faire quelques photos. Dans la galerie circulaire, je suis intrigué par des tas de sciure de différentes couleurs, il y a là du bleu, de l'orange, du vert, du jaune... Les ouvriers me renseignent sur leur fonction : créer des motifs publicitaires aux pochoirs au centre des arènes. Astucieux !

J'arrive à Calatanazor, un tout petit village d'une authenticité incomparable, perché sur un éperon rocheux et qui a su préserver dans ses rues pavées et ses places tout le charme paisible du Moyen Âge. Depuis ce promontoire on a de belles vues sur la Reserva Natural del Sabinar riche d'une nature luxuriante dominée par les genévriers et les escarpements rocheux de La Fuentona. S'y arrêter aura été une bonne idée.

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Je poursuis mon escapade ibérique et je traverse maintenant Soria. La ville de Soria s'élève sur une colline riveraine du fleuve Duero qui prend sa source à une trentaine de kilomètres plus au nord-ouest, sur le versant sud-est du Pico de Urbión. C'est l'une des régions naturelles les mieux préservées d'Espagne. Une excellente raison de s'y attarder. J'effectuerai durant l'après-midi une grande boucle ouverte dans le Parque Natural Sierra de Cebollera jouxtant La Rioja et j'atteindrai en fin de journée mon aire de bivouac. Alors que je plante ma tente près du Río Cidacos, à proximité de l'ermitage de Santa Casilda à Villar del Río, j'ai la chance d'apercevoir furtivement un desman des Pyrénées, un bien curieux rongeur des milieux humides aussi appelé « rat-trompette » en raison de la forme évocatrice et rigolote de son museau. S'agissant de ma dernière nuit passée sur les terres ibériques, je suis bien décidé à marquer le coup. J'ai immergé au frais dans le ruisseau une bonne demi-bouteille d'excellent vin espagnol. Je m'en délecterai ce soir... Tchin !

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Villar del Rio (Castille-et-León – Espagne) / Montory (Pyrénées-Atlantiques - France)

Mon voyage dans la péninsule ibérique se termine aujourd'hui. Je quitte Villar del Río sans oublier d'aller saluer les dinosaures qui broutent quelques rares touffes d'herbe dans une prairie rocailleuse desséchée à l'entrée du village. Bon, on est bien d'accord... Ils sont faux ! En fait, outre ces sculptures, d'autres animent une cour d'école renfermant une salle de classe pédagogique entièrement tournée vers l'enseignement de la préhistoire. Improbable !

Changement de décor radical. Je laisse derrière moi le Parque Natural Sierra de Cebollera et je me dirige tout droit vers l'incontournable et hostile Desierto de Las Bardenas Reales. On y accède généralement par Arguedas. On peut découvrir dans ce village Las cuevas, des maisons troglodytiques construites à la fin du XIXième siècle, à une époque durant laquelle les habitants qui avaient beaucoup de difficultés à accéder à la propriété se sont résolus à creuser leurs maisons directement dans les montagnes d’argile et de grès. Une bonne entrée en matière !

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Le Desierto de Las Bardenas Reales est partagé en trois zones naturelles bien distinctes : El Plano, un vaste plateau horizontal situé au nord et à l'ouest et réservé principalement aux cultures céréalières à faible rendement, La Negra au sud et à l'est, formée par un ensemble de reliefs recouverts de pins et de buissons, La Blanca enfin, la partie située entre les deux autres et où l'érosion est la plus importante. C'est également la zone très réglementée la plus fréquentée. On y retrouve les formations les plus spectaculaires, comme celles de Castildetierra et Pisquerra. L'extrême aridité du Desierto de Las Bardenas Reales rappelle un paysage lunaire et ses formations terreuses en ont fait un lieu de tournage de films prisé. Malgré son apparence inhospitalière, le Desierto de Las Bardenas Reales laisse à voir une flore et une faune bien plus caractéristiques du continent africain que de celui de l'Europe. Les Bardenas Reales étaient autrefois le paradis des crocodiles et des tortues, mais aujourd'hui, on y trouve des vautours, des chats sauvages, des amphibiens et des reptiles qui parviennent à se nourrir sur ces terrains glaiseux saturés en sel. Ambiance de fin du monde garantie !

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Ma sortie du Desierto de Las Bardenas Reales signe presque la fin de mon voyage. Avant de m'élancer dans l’ascension du col frontalier de La Pierre Saint-Martin (1765m) et de plonger ensuite vers Montory, ma destination finale au pied des Pyrénées côté français, je m'enfonce côté espagnol encore dans la Foz de Arbayúnd, une profonde gorge creusée par la rivière Salazar. Pour l’admirer, rien ne vaut un ultime arrêt au belvédère d’Iso. Ainsi s'achève mon périple, rempli d'émotions et de sensations. C'était un beau voyage.

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