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Ladakh, le pays des hauts cols

DATE DE PUBLICATION : 2027-01-01
MOTOZINE
Olivier GALLARD
Olivier GALLARD (Textes & Photos) - Guide-instructeur moto diplômé, organisateur de randonnées en France et de raids partout dans le Monde, il est l'administrateur de MOTOZINE
Tous droits réservés © MOTOZINE.FR

Pourtant situé à une altitude moyenne de plus de 5 000 m, dans des paysages grandioses constitués de montagnes désertiques et friables, le Ladakh est comme étouffé par les plus hauts sommets de l’Himalaya. Dans les vallées encaissées, les eaux laiteuses des torrents ont de fantastiques reflets turquoise. La région contestée du « Petit Tibet » n’ouvre ses portes aux visiteurs qu’à partir de la toute fin du printemps et jusqu’aux premiers jours de l’automne, la route devenant piste reliant Manali à Leh n’étant praticable qu’à cette période de l’année. Étape sur la Route de la soie, peuplé d’habitants bouddhistes pour la plupart, le Ladakh est riche d’un patrimoine culturel exceptionnel. Au guidon de mythiques Royal-Enfield Bullet 500cc, nous y sillonnerons des routes défoncées, des pistes poussiéreuses et caillouteuses qui nous mèneront à la découverte du mode de vie ancestral des habitants de ces contrées arides et haut perchées de l'état du Cachemire épargnées par les moussons dévastatrices du sud de l'Inde. Un voyage exceptionnel !

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Paris/Delhi

C'est parti ! Trois pilotes seulement m'accompagnent : Manu, Laurent et Francis.

Nous sommes arrivés la nuit dernière à Delhi depuis Paris, sur trois vols internationaux distincts. Seuls Francis et Laurent étaient dans un avion commun. Manu, lui, est arrivé sans son bagage, perdu par la compagnie aérienne qui l'acheminait à Delhi. Au moment de porter réclamation au guichet dédié à ce genre d'incident, il a pu tout de suite être informé qu'une fiche à son nom avait déjà été partiellement rédigée. Oh la boulette ! Nous devrions récupérer son sac de voyage demain matin tôt, à l'aéroport, lorsque nous serons en partance pour Manali par un vol domestique. Ce serait préférable car dans son bagage, il a toute sa tenue moto !

Dans la nuit, le taxi qui nous a transportés jusqu'à notre hôtel en a été pour ses frais. Il a mal négocié les limites administratives de la ville et a dû payer une taxe après avoir fait un demi-tour juste au-delà du périmètre dans lequel il est autorisé à effectuer des courses. Très énervé et ne parvenant pas à trouver notre lieu d'hébergement, il nous a déposés sur l'autoroute ! Heureusement, nous n'avons eu qu'à enjamber un fossé et franchir un talus avec nos lourds bagages sur les épaules pour rejoindre l'hôtel, finalement tout près et que j'avais pris soin de pointer sur mon GPS.

Reposés et après un copieux petit déjeuner, nous prenons à nouveau un taxi pour nous rendre dans le centre de Delhi. Deux heures de bouchons plus tard, nous voila près de l'India Gate, un Arc de Triomphe planté au milieu d'un gigantesque rond-point. C'est l'un des symboles architecturaux de la ville. Depuis l'édifice on peut découvrir un parc parsemé de bassins ombragés. De jeunes indiens se baignent là dans une eau verte, épaisse, et sûrement pas très propre. Il fait environ 35°C à l'ombre et l'humidité de l'air est suffocante.

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Nous nous rendons ensuite dans un quartier plus animé, pourtant sale et très bruyant dans l'espoir d'y trouver un endroit pour déjeuner. Nous faisons confiance à un chauffeur de tuk-tuk qui, d'un coup de poignée de gaz nous propulse jusqu'à un restaurant situé à l'écart du bruit de la circulation, dans un parc arboré. L'endroit est superbe. Nous y goûtons nos premiers plats épicés et nous resterons attablés là plus de trois heures.

En fin d'après-midi, c'est à nouveau un taxi que nous trouvons, non sans mal, pour nous ramener à l'hôtel. À force de faire les difficiles et de chipoter pour quelques roupies, nous sommes devant une évidence : Nous n'avons pas encore totalement compris les codes de l'Inde urbaine. C'est dans un tacot noir surchauffé par le soleil et sans climatisation que nous grimpons. À 30 km/h pas plus, nous nous dirigeons vers le sud de la ville. Pour ne pas contraindre le chauffeur à - comme l'a fait son collègue - payer le péage qui lui donnerait le droit de sortir de la ville, je lui propose de le guider. Les derniers mètres parcourus avant d'atteindre l'hôtel se feront par une sorte de piste défoncée, cernée de grillages qui marquent la limite de Delhi intra-muros. La ligne n'a pas été dépassée mais c'était tout juste !

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Delhi/Bhuntar/Manali

Nous avons dû nous lever vraiment tôt ce matin. À 2h30 ! Autant dire, en pleine nuit. L'idée étant de nous rendre à l'aéroport de Delhi bien avant notre vol pour Manali afin de tenter de récupérer le bagage égaré de Manu. Le problème, c'est que le bureau des bagages perdus se trouve côté sortie des voyageurs. Et là, en faction près des portes d'accès à cette zone... Des militaires en armes. Il n'est pas possible de pénétrer dans l'aéroport. Nous nous renseignons auprès d'un planton, puis auprès d'un autre qui en interpelle un troisième, puis deux autres soldats s'en mêlent... Mais on avance. Au bout d'une petite heure, un gradé vient nous voir à son tour. En deux tours de turban c'est réglé. Il fait venir le bagage jusqu'à nous. Manu est soulagé, très soulagé.

À 6h45, nous décollons en direction de Manali à bord d'un ATR à hélices faisant un boucan d'enfer. La descente vers l'aéroport de Bhuntar est vertigineuse et flippante. Nous frôlons les montagnes. La piste d'attérissage débute rasibus un torrent et, très courte vient se terminer en butée sur des immeubles. Nous aurons été bien secoués.

Nous devons maintenant prendre un minibus pour nous rendre à notre hôtel de Manali. Cinquante kilomètres nous en séparent environ et presque autant de vaches couchées sur la chaussée seront à contourner. Notre chauffeur se prend pour un pilote, il file à toute allure en klaxonnant sans cesse. Pénible.

C'est donc bien chiffonnés que nous atteignons l'hôtel. Un peu de paperasse et zou ! direction le loueur de Royal Enfield 500 Bullet, implanté à cent mètres à peine. Là encore, de la paperasse... Et un passage au guichet ATM pour retirer l'argent de la caution versée obligatoirement en cash. Le loueur nous a préparé à ma demande un lot de pièces et d'outils, bien utiles pour ce genre de machine. Tout ça est rassemblé dans un sac à patates.

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Avant de faire nos premiers tours de roues avec nos motos, nous partons déjeuner. Un restaurant à proximité fera l'affaire. Une terrasse couverte offre un beau point de vue sur la vallée, sur le torrent en contre-bas et sur des plants de cannabis !

C'est le ventre plein que nous prendrons à nouveau la direction du loueur pour enfin enfourcher nos montures. Nous ne ferons que cent mètres avec les motos jusqu'à notre hôtel. Suffisamment pour nous imprégner de la rusticité de nos machines. Dans le parking couvert de l'établissement, Manu et moi nous occuperons de la fixation des supports de nos GPS. Le temps s'est couvert. Nous décidons de... Ne plus rien faire jusqu'à demain.

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Manali/Gemur

Avant de prendre la route ce matin, nous avons pris un petit déjeuner hors du commun. Un serveur est venu nous apporter quatre cafés qui ressemblaient à s'y méprendre à quatre thés très légers. Nous avons involontairement soutenu un long moment au jeune homme qui parlait un anglais très sommaire qu'il s'était trompé dans la commande. L'un de nous a finalement opté pour ce breuvage pour se rendre immédiatement compte qu'effectivement, c'était bien du café, ou plus exactement un nuage de café dans un verre d'eau chaude. Il ne nous aura pas énervé beaucoup celui-là...

Nous faisons le plein des machines à la sortie de Manali. Des bidons de plastique font office de réservoirs additionnels. L'un des miens est percé... je ne m'en apercevrai qu'après avoir perdu plus d'un demi-litre du précieux liquide. Et il aura été très difficile de trouvé un bidon de remplacement, jusqu'à quelques kilomètres avant notre étape de ce soir.

Et que dire de nos Royal-Enfield ? Pour faire simple et imagé, c'est une sorte de « Bollywood-chewing gum » sur roues. Impressionnantes... D'imprécision. En prime, il nous faudra régulièrement vérifier le serrage des boulons...

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La route que nous allons emprunter jusqu'à atteindre un premier col à plus de 4000 mètres d'altitude, le Rohtang-La-Pass, est la seule à desservir Leh. Elle est saturée de camions. Elle se transforme en piste défoncée sitôt franchi le col et forme d'innombrables lacets. Des dizaines d'ouvriers tentent de lui redonner un peu d'allure, mais le trafic est tellement dense qu'ils peinent à travailler.

C'est sur cette route devenue piste que Manu - encore lui ! - perdra l'un de ses sacs de voyage et l'un de ses bidons d'essence, évidemment plein et sans même s'en rendre compte ! Il se trouvait à ce moment là en queue de cortège. Décidément, il n'a pas de chance. À nouveau il se retrouve sans slips et sans chaussettes, entre autres choses qui lui auraient été bien utiles !

Laurent, lui a chuté en se retrouvant face à un camion pas du tout décidé à partager avec lui l'étroite chaussée. Le phare de sa Royal-Enfield restera là éclaté en mille morceaux. Nous trouverons assez facilement un garage qui a la pièce en stock. La réparation n'aura duré qu'une grosse demi-heure.

La machine de Francis, elle, fume bleu ! Ce n'est pas bon signe. Mais un arrêt rapide chez un mécanicien de bord de piste aura suffit à nous rassurer. C'est normal sur ce genre de machine et à haute altitude nous dit-il. Pas d'inquiétude à avoir, donc.

Nous ne faisons une halte pour déjeuner qu'à 15h environ. Nous avons le gosier tapissé de poussière. Un bon rafraîchissement s'impose.

Le ciel est changeant, tout comme nos tenues que nous devons sans cesse adapter à la température qui varie de quelques degrés seulement à plusieurs dizaines de degrés Celsius.

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Les paysages aussi sont très variés. Au départ de l'étape nous circulions en pleine forêt de conifères, puis au fur et à mesure que nous prenions de l'altitude les arbres disparaissaient au profit de prairies. De nombreuses cascades dévalaient les montagnes. À présent et peu avant d'arriver à Gemur, notre étape de ce soir, la végétation se fait encore plus rare. Les montagnes dénudées et fragilisées par l'absence de végétation laissent tomber de gros rochers sur la piste. Pas très rassurant tout ça. Tout là-haut, on peut apercevoir de gigantesques glaciers.

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Nous allons passer la nuit dans une guest-house très sympathique et qui domine la vallée. Le dîner nous sera servi à 20h précisément. Des bières locales, fortes et fraîches n'attendent que nous. Et au menu, que des produits frais provenant des environs. Choux, pommes-de-terre, tomates, pommes, herbes aromatiques...

Ici à Gemur, il n'y a ni téléphone, ni Internet. Même le signal de mon GPS pourtant habituellement performant se perd dans les montagnes de temps en temps ! Nous sommes vraiment loin de tout.

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Gemur/Sarchu

Une étape qui se passerait presque de commentaires, tellement elle était jolie. Les superlatifs finiraient par manquer pour en décrire la beauté. Quatre-vingt-dix kilomètres parcourus... Et presque autant de pauses photos. Tantôt route à l'enrobé relativement correct, tantôt vestige de route goudronnée défoncée, mais le plus souvent piste cassante et poussiéreuse, l'axe qui relie Manali à Leh vaut à lui seul le voyage.

Toujours plus haut toujours plus fort, nous franchirons aujourd'hui pour la première fois de notre vie à tous les quatre un col approchant les 5000 mètres d'altitude. Il s'agit du Baralacha-La-Pass, situé à 4929 mètres de hauteur exactement. On progresse ! Pour le moment, à part quelques vertiges, nous n'avons pas à nous plaindre d'autres maux.

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Nous en sommes déjà à notre troisième poste de contrôle. À chaque fois, nos passeports et les autorisations de circuler que nous avait préparées le loueur de motos nous sont demandés. Souvent, à l'approche d'un check-point, un militaire bien à l’abri dans sa guérite tire une corde qui se tend alors en travers de la piste pour nous contraindre à nous arrêter. Nous sommes vraiment suivis à la trace !

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Volontairement, j'avais prévu d'effectuer la distance qui sépare Manali de Sarchu en deux courtes étapes, de sorte que nous puissions progressivement nous habituer au changement d'altitude et au manque d'oxygène. Mais lorsque nous reviendrons à Manali, nous devrons enchaîner les deux étapes que nous venons de faire... En une seule journée de roulage ! Il était donc également utile de faire ce soir un point sur notre vitesse de progression et sur notre consommation en essence. En ce qui concerne notre vitesse, mon GPS nous sert de mouchard. Nous roulons à une moyenne de 30 km/h. Et si l'on tient compte des arrêts (photos, essence...), notre vitesse de progression n'est plus que de 18,3 km/h exactement !!! Un bref calcul nous permet d'estimer à dix bonnes heures le temps qu'il nous faudra pour nous rendre de notre camp de toile de Sarchu où nous sommes ce soir à Manali au retour. Concernant la consommation en essence, elle est pour moi de 5,5 litres pour 220 kilomètres parcourus soit environ 2,5 litres d'essence pour 100 kilomètres de distance. Pas mal !

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Sarchu/Shey

Une magnifique journée se prépare. Le soleil radieux jusque-là ne nous aura en effet quitté qu'un petit quart d'heure aujourd'hui pour laisser place à une averse de neige-grêlante glaciale. Rien de bien méchant.

Et c'est presque déjà la routine. plusieurs cols de près de 5000 mètres d'altitude vont être franchis en début de journée, dont le Lachulung-La-Pass et le second plus haut col routier du Monde sera passé peu avant midi, le Tanglang-La-Pass s'élevant à 5355 mètres d'altitude ! La routine encore en ce qui concerne les points de contrôles. 3 aujourd'hui, plus un pont à péage (?!).

Les paysages sont ici grandioses et la luminosité, parfaite. L'étape est longue de 260 kilomètres. Nous ferons bien 50% de pistes fatigantes, mais en fin de journée nous roulerons sur un haut plateau où la route sera presque parfaite. Heureusement, parce que notre dos et nos cervicales en prennent un coup. Il faut dire que les Royal-Enfield ne sont vraiment pas confortables et interdisent la position debout plus relaxante.

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L'arrivée sur Leh n'est pas très jolie. À quinze kilomètres environ de la ville, une gigantesque base militaire gâche le paysage. La route la traverse. La circulation y est ralentie grâce à des chicanes judicieusement positionnées.

Nous espérons avoir moins froid cette nuit que la nuit précédente, passée à Sarchu. Et moins mal au crâne aussi, car nous sommes redescendus à une altitude plus supportable. En tout cas, la literie de nos chambres toilées et monacales n'est pas meilleure. Et l'eau chaude, absente ici aussi. Mais ce n'est pas bien grave.

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Shey/Leh

Notre camp de toile s'est avéré être finalement une très agréable adresse. Nous y avons contre toute attente très bien dormi. Bien mieux qu'à Sarchu même si là aussi le froid nocturne aura été glacial, comme en atteste l'état de la selle de ma moto au petit matin. Elle est recouverte de cristaux de glace.

Au départ de notre courte étape d'aujourd'hui, longue d'une quarantaine de kilomètres, nous nous rendons près du monastère emblématique de Leh entouré de beaucoup de stupas blancs, ces structure architecturale bouddhistes et jaïnas pouvant contenir des reliques de Bouddha ou de saints jaïns. Superbe, dans la lumière du matin.

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Ensuite, dans le chaos de la circulation locale, nous atteignons péniblement une station-essence puis un guichet ATM pour renflouer un peu les caisses. Il était temps !

Les pleins d'essence et de billets faits et en contournant habilement le centre-ville bouchonné, nous prenons un peu de hauteur pour nous rendre à un magnifique panorama sur Leh. En observant les rues en contre-bas, nous comprenons vite que le marathon du Ladakh qui se déroule aujourd'hui sème la pagaille sur les axes principaux de la ville. Nous devrons nous faufiler dans de minuscules ruelles pour pouvoir accéder à notre hôtel et enfin pouvoir couper les moteurs.

Manque de chance, un bug dans la gestion de notre réservation nous oblige à changer d'adresse ! Mais nous y avons gagné... La pension complète et un accueil formidable du patron. Sans compter la cuisine, excellente. C'est encore le patron de l'établissement qui se chargera en soirée de nous obtenir le permis (encore un) qui nous sera nécessaire pour pouvoir vadrouiller dans les environs.

Leh est une ville assez laide, mais elle est très animée. Comme souvent, des coupures d'électricité ont lieu. Le soir venu et alors que la lumière naturelle décline, les commerçants, les hôteliers mettent en marche de gros groupes électrogènes qui contribuent, comme s'il en était besoin à augmenter encore plus la pollution de l'air et le bruit. Manu s'empresse d'acheter des vêtements pour remplacer ceux, perdus sur la piste. Il était temps…

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Leh/Kargil

Nous serons ce soir à Kargil, point le plus au Nord de notre périple, à quelques kilomètres seulement de la frontière pakistanaise. Et qui dit frontière commune avec l'hostile Pakistan, dit méfiance. Et qui dit méfiance, dit des militaires partout, mais absolument partout. Des camps en veux-tu en voilà, souvent sales et poussiéreux, s'étendant sur des centaines d'hectares chaque fois. Curieusement pourtant, nous n'aurons aujourd'hui été stoppés dans notre progression par aucun check-point. C'est à n'y rien comprendre.

L'étape du jour débute très tôt car ce matin encore il y a au centre de Leh des courses susceptibles de rendre impraticables certains axes. Les premiers départs seront donnés dès 6h aux dires du patron de l'hôtel.

En piste donc ! La lumière sur l'Himalaya est superbe. Pas de brume, un ciel totalement pur pour peu que l'on quitte les villes, car elles sont très polluées.

En milieu de journée nous empruntons une piste « de la mort qui tue », longeant des ravins de plusieurs centaines de mètres de profondeur et comportant d'innombrables épingles serrées.

Kargil, notre ville étape est une cité du bout du Monde, 100% Musulmane, 100% moche aussi. Les coups de klaxon y sont permanents, c'est usant. Pour dîner et pour échapper au capharnaüm, nous nous réfugions sur le toit-terrasse d'un hôtel encore en chantier. Un peu comme tout le reste du Ladakh, en réalité. En arrivant à Kargil, à la station-essence, Manu s'était aperçu qu'il avait crevé de l'avant. À l'hôtel, nous avions effectué non sans mal la réparation avant d'aller dîner.

L'étape de demain doit être modifiée. Des conditions de roulage incertaines en raison des fortes et abondantes pluies de ces dernières semaines et le fait que, ce soir seulement nous ayons appris qu'un permis spécial (encore un !) était indispensable pour se rendre à Batalik, puis vers Leh depuis cette petite bourgade nous ont convaincus de ne pas nous engager sur la piste programmée. Dommage.

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Kargil/Leh

Nous quittons sans trop de pincement au cœur la ville de Kargil. À l'ombre des montagnes, elle n'est vraiment pas attirante tant elle est sombre.

Plus réjouissante sera la pause thé que nous avons prévu de faire dans un village dominé par un monastère mais qui, surtout, a su conserver des vestiges anciens semi-troglodytiques admirables d'authenticité.

Plus loin, nous retrouvons facilement la sortie de la piste en corniche que nous avons empruntée hier. Cette fois, nous restons sur la route principale qui, très vite, se met à serpenter tout au fond d'un impressionnant canyon. Le ruban d'asphalte suit le torrent. Mais ce que nous craignons tous au moment de nous y engager, c'est la chute de pierres ou même de pans entiers de la montagne sur nos frêles carcasses. Et là, pas question d'espérer pouvoir mettre un coup de gaz ou freiner d'urgence avec nos antiques machines pour éviter la catastrophe.

Alors que je suis en queue de peloton, je vois au loin - et donc juste derrière celui qui me précède - un nuage de poussière s'élever le long de la paroi. Arrivé à hauteur du panache, je m'aperçois qu'un volume de terre et de pierres équivalent à un bon semi-remorque vient de se répandre sur le côté de la chaussée ! Nos craintes étaient fondées.

Dans cet interminable canyon d'une vingtaine d'interminables kilomètres, quelques arbres survivent, le feuillage tremblant de peur à l'idée d'être engloutis.

Nous arrivons à Leh en tout début d'après-midi. Direction l'hôtel tout d'abord pour y déposer notre paquetage. Puis nous prenons à pied la direction de la basse ville historique. Au feeling nous marchons dans de petits sentiers qui bordent un ruisseau. À gauche, à droite, de toutes petites parcelles potagères, irriguées en eau par de minuscules canaux. Quelques vaches divagues, des chiens aussi. Nous atteignons bientôt le quartier odorant des boulangers. Nous y achetons du pain tout juste sorti du four de terre cuite.

Nous allons ensuite nous perdre dans les rues animées de Leh, dans l'espoir d'y trouver un magasin Royal-Enfield pour acheter une chambre à air de remplacement. Échec !

Marcher, ça donne soif et faim ! Nous nous dirigeons dans le centre pour nous poser un peu. C'est l'anniversaire de Laurent aujourd'hui ! Soixante ans tout juste. Francis dégote une boutique qui vend en catimini des alcools. Une bonne bouteille de vin, des bières et un bon rhum sont achetés. Le rhum est conservé. Il sera dégusté quand nous aurons atteint demain le plus haut col routier du Monde, le Khardung-La-Pass, situé à près de 5400 mètres d'altitude. Plus loin, c'est dans une pâtisserie que Laurent achètera son gâteau d'anniversaire. Un crumble aux pommes indiennes.

Nous reprendrons en fin de soirée le chemin de notre hôtel, par les mêmes sentiers ombragés.

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Leh/Hunder

Encore une journée intense et riche de découvertes.

Ce matin, nous sommes partis à 5h15 de l'hôtel, après nous être préparés nous-mêmes notre petit-déjeuner, le personnel de l'hôtel n'étant pas réveillé à cette heure ! Pourquoi partir si tôt ? C'était mûrement réfléchi. À Leh, une organisation mafieuse de bikers oblige les motards ayant loué leurs motos à Manali à les échanger contre des motos locales pour se lancer à l'assaut du fameux Khardung-La-Pass. Nous n'avions pas du tout envie de céder à ces exigences. Nous avons donc opté pour un départ de nuit, afin de déjouer le plan de ces racketteurs. Nous sommes ainsi passés sans encombre devant le point de contrôle. Bien fait !

L'ascension aura duré près de deux heures. Cinq-cents mètres environ avant le sommet, la piste est recouverte d'une fine couche de neige verglacée. Le pilotage de nos archaïques machines devient très difficile. La brume de surcroît réduit la visibilité à quelques dizaines de mètres seulement. Et tout près... le ravin ! Glurps !

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Mais quelle récompense ! Seuls tout là-haut. Pas un touriste. Génial ! Une bonne rasade de rhum pour nous réchauffer, avant de faire tout plein de photos, puis c'est la descente sur l'autre versant de la montagne. Ça glisse vraiment, le sol est cette fois totalement gelé. Nos motos, chaussées de pneus sans accroche deviennent ingérables. Elles font ce qu'elles veulent. Heureusement, ce calvaire ne durera que très peu de temps. Une demi-heure tout au plus.

Nous retrouvons rapidement le soleil et un sol sec et poussiéreux. Alors que la température devient plus supportable, à environ 4500 mètres d'altitude, nous nous arrêtons prendre un thé bien chaud au bord de la route, près d'un torrent. Nous resterons là un bon moment, tels des lézards sur un muret.

Vers 10h30 nous commençons à croiser des voitures, des motos, des camions qui entament l'ascension du Khardung-La-Pass. Nous nous disons alors que nous avons fait le bon choix. Partir tôt, c'est l'assurance de vivre pleinement ce moment fort et particulier dans la vie d'un motard voyageur.

En arrivant à proximité de Hunder, notre ville étape de ce soir, commencent à apparaître des dunes de sable blond. Certes elles ne sont pas très hautes, tout juste font-elles quelques dizaines de mètres pour les plus imposantes, mais c'est tout de même surprenant.

Nous nous autorisons la visite d'un monastère vers midi. Il fait chaud et gravir les marches est une épreuve. Mais là-haut, nous pouvons assister à la prière chantée des moines.

Nous avons un peu peiné à trouver notre hôtel. Une bonne douche et, vers 15h, nous partons déjeuner à en ville, dans un « low-food » indien. C'est l'exact inverse du « fast-food » que, pourtant l'enseigne nous vantait.. Dieu que l'attente des plats a été longue... Mais que la cuisine était excellente.

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De retour à l'hôtel nous enfourchons nos motos pour aller voir de plus près les fameuses dunes. L'endroit grouille de familles indiennes venues là pour se faire chahuter sur des chameaux rebelles. Insolite.

Demain nous devrons à nouveau franchir le Khardung-La-Pass pour revenir à Leh. Pas le choix. Nous partirons là encore assez tôt pour ne pas subir le flux important de véhicules au passage du col et sur les deux versants de la montagne à partir de la mi-journée.

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Hunder/Leh

Nous voici de retour à Leh, après un nouveau franchissement du col routier le plus haut de Monde, cette fois sous un soleil radieux. Une vraie promenade de santé. Mais que de touristes à 10h au sommet ! Laurent, Francis et Manu m'ont chacun remercié de les avoir fait se lever tôt pour échapper, comme lors de notre première ascension à la foule. Dans notre descente vers Leh, nous avons vu une quantité hallucinante de camions fumants, de taxis bondés, de motards. Les croisements auront été vraiment très dangereux.

Arrivés en ville, nous faisons une courte halte chez le concessionnaire Royal-Enfield que nous n'étions jusque-là pas parvenus à trouver, juste histoire d'acheter quelques bricoles pour anticiper une nouvelle crevaison et remettre en état nos fragiles montures : Une chambre à air pour Manu, un rétroviseur pour Francis et une casquette de phare pour Laurent.

Dans l'après-midi nous retournons dans « nos coins » favoris, histoire de fêter comme il se doit la totale réussite de notre initiation aux sommets du bout du Monde.

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Leh/Karzok

Une longue et très belle étape nous attend aujourd'hui encore. 240 kilomètres entre Leh et Karzok, sur les rives de Tsomoriri Lake.

Après avoir fait le plein des motos, nous voilà partis pour l'ascension, pour la seconde fois, du Tanglang-La-Pass à laquelle il n'est pas possible d'échapper puisque c'est là le seul point de passage permettant de se rendre à Manali depuis Leh sans passer par Kargil.

Le soleil est toujours au rendez-vous mais il fait vraiment très froid. Pour ma part, j'ai presque vidé mon sac de voyage pour me vêtir de quasiment tout ce qui s'y trouvait, tel un oignons avec ses pelures !

Nous nous accorderons une longue pause thé très sucré avant l’ascension du Tanglang-La-Pass, histoire de prendre des forces puis nous ferons de-même juste après la descente histoire de reprendre les forces perdues en haute altitude.

Bientôt nous quittons la route principale, correcte jusque-là pour une autre, disons... en devenir où à l'abandon. C'est selon. Nous allons être secoués sur 89 kilomètres exactement. Ces mêmes 89 kilomètres que nous devrons refaire à l'aube demain. Il nous aura fallu... Cinq heures ! En chemin, Laurent chutera lourdement, mais rien de grave. Il devra juste changer à nouveau le phare de sa moto qu'il avait déjà dû remplacer une première fois à Leh.

Les lacs satellites du grand Tsomoriri Lake sont plus jolis que l'immense retenue d'eau naturelle. De tous côtés, nous observons des chevaux de Riwoché, sorte de poneys tibétains. En arrivant à Karzok, nous devons montrer pattes blanches et... Passeports, permis spéciaux, permis de conduire internationaux, etc... Et nous devrons à nouveau passer ce point de contrôle avant de quitter Karzok demain matin. C'est agaçant. Notre camp de toile est très sommaire et très cher. Le prix à payer pour avoir le privilège de contempler les montagnes du Ladakh qui se reflètent au soleil couchant dans les eaux claires du grand Tsomoriri Lake.

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Karzok/Sarchu

C'est l'avant-dernière étape de notre périple. Hier soir, au camp nous avons dîner dans un baraquement insolite fait de tôles et de planches. La cuisine y était excellente. Au menu il y avait : Une soupe végétale épicée, du riz blanc, des lentilles en sauce épicée elle aussi, des légumes variés frits, de l'eau en bouteille, des galettes de céréales, avec ou sans ail. Pas de quoi prendre des kilos, assurément...

Nous avons quitté Karzok tôt ce matin. Passage du check-point à la sortie du village et puis zou ! Au menu pour commencer : les incontournables 89 kilomètres de pistes sablonneuses et rocailleuses, dans un froid glacial et un fort vent. Au bout de ce calvaire pour nos mains et nos visages, gelés, une petite pause s'impose. Nous nous arrêtons boire un bon thé brûlant au moment de récupérer la grande route Leh-Manali. Il est savouré comme une récompense après tant d'efforts.

Il n'est pas rare au Ladakh d'être contraints de sillonner à plusieurs reprises les mêmes routes, les mêmes pistes tant elles sont peu nombreuses, les cul-de-sacs et les éboulements y étant si fréquents. Mais le fait d'emprunter en sens inverse comme nous le ferons aujourd'hui et demain des axes déjà connus ne gâche en rien notre plaisir de rouler. Nous apprécions tout autant les paysages grandioses qui nous sont donnés à voir pour la seconde fois. La lumière, les ombres diffèrent à tout instant de la journée.

Ma machine a souffert ! La tête de l'amortisseur arrière-droit a rendu l'âme. De plus, le joint spi du fourreau gauche de la fourche suinte de l'huile, qui tombe sur le disque de frein... donc plus de frein avant. Ça commence à faire beaucoup ! Une réparation de fortune de l'amortisseur est impérative car, sinon, le bras oscillant tubulaire pourrait se rompre. Des colliers Rilsan feront l'affaire... Nous l'espérons !?

Lorsque nous arrivons à notre camp de toile de Sarchu - le même qu'à l'aller - seules nos deux tentes ainsi que celles des cuisines et des communs restent debout ! Tout le reste du campement a été démonté. Nous sommes les derniers clients de la saison. L'alignement d'une douzaine de cuvettes de WC sur le terrain vague fait bizarre à voir.

Demain l'étape sera longue et usante. Nous tenterons en chemin de faire changer l'amortisseur de ma machine pour ne pas risquer de tout casser dans les dernières pistes qui, nous le savons sont très exigeantes.

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Sarchu/Manali

Nous voici de retour à Manali. Au moment de quitter notre camp de toile de Sarchu et alors que le thermomètre affichait une température négative, le ciel au loin semblait se charger de gros nuages. Les premières neiges sont tombées cette nuit. Le Ladakh se referme aux visiteurs. Il est grand temps de boucler la boucle.

Après seulement une demi-heure de roulage, effectivement, la neige commence à obscurcir les paysages et à restreindre la visibilité. Heureusement, il est encore bien tôt et il y a très peu de circulation. Les montées en épingles, les cols, les descentes vertigineuses s'enchaînent, la neige se transforme en pluie, glaçante. Pas pour longtemps, heureusement. Le soleil refait son apparition en milieu de matinée. Nous nous disons que, finalement, nous n'aurons eu que deux grosses heures de mauvais temps sur onze jours de voyage. Presque rien.

Tout roule jusqu'à... Une crevaison de la roue arrière sur la moto Francis. Damned ! Nous sommes à ce moment-là près d'un pont où se sont rassemblés plusieurs commerçants. Un bon thé nous permettra de réfléchir... Le gérant de la boutique nous indique qu'à quelques kilomètres, il y a un petit atelier de mécanique. Francis prend immédiatement la route, au pas. Nous le rattraperons.

La roue est vite réparée, nous pouvons poursuivre à allure normale. Piste, route, piste, route, piste...

En chemin, à Keylong, nous décidons de faire changer l'amortisseur cassé de ma moto. La réparation de fortune a tenu jusque-là mais nous jugeons qu'il est plus prudent de faire procéder à son remplacement. Deux ateliers de mécanique se font presque face. Dans l'un nous achèterons une pièce neuve pour 20 euros et dans l'autre, nous négocierons le remplacement de l'élément défectueux pour 2 euros de main-d’œuvre seulement ! Et c'est reparti...

Le dernier col franchi, Manali se profile en contre-bas. Quelques dizaines de kilomètres restent à parcourir, dans l'enfer de la circulation. Sur la toute petite route de montagne sur laquelle nous nous trouvons encore, les camions peinent à se croiser et des bouchons se forment. À chaque manœuvre, les camions hors d'âge laissent échapper de gros nuages de fumée noire qui nous bouchent les narines et nous irritent les yeux. Ces derniers kilomètres sont un véritable supplice.

Nous voici enfin à Manali. La restitution des motos se fera sans trop de problèmes... Sauf peut-être pour l'amortisseur neuf que j'aurai un peu de difficulté à me faire rembourser... Mais je réussirai tout de même à faire entendre raison au loueur.

Ensuite... Direction le Rasta Café ! Une excellente adresse, pile en face de notre hôtel, où nous resterons toute la soirée, jusque tard dans la nuit. Bonne cuisine, très bonne musique et très très bonne ambiance. Parfait pour clôturer ce voyage.

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