ÉQUATEUR

À grandes enjambées

DATE DE PUBLICATION : 2027-01-01
MOTOZINE
Olivier GALLARD
Olivier GALLARD (Textes & Photos) - Guide-instructeur moto diplômé, organisateur de randonnées en France et de raids partout dans le Monde, il est l'administrateur de MOTOZINE
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Petit pays andin grand comme la moitié de la France, coincé entre la dangereuse Colombie et l’instable Pérou côté Amazonie et ouvert sur l’océan côté Pacifique, l’Équateur se visite à la saison sèche, entre les mois de juin et de septembre. À cette période, le climat tempéré est agréable, très souvent ensoleillé. Les vents d’altitude balaient les nuages des cultures en terrasses, de la pampa et des sommets enneigés de la volcanique cordillère des Andes, offrant alors de superbes panoramas. La richesse des centres historiques de Quito et de Cuenca, la beauté des paysages et l’étonnante biodiversité constituent les incontestables attraits de l’Équateur.

L'atterrissage à Quito, la capitale de l’Équateur située sur les flancs du volcan Guagua Pichincha aura été un peu mouvementé. Suffisamment pour que des passagers désireux d'évacuer leur peur se mettent à applaudir bruyamment le pilote.

Dans le terminal où nous nous trouvons, des douaniers souriants - c'est rare - nous font passer le contrôle d'immigration rapidement. Puis après avoir récupéré aussi vite nos bagages, à l'extérieur, c'est un régulateur des taxis officiels, tous jaune qui viendra à notre rencontre pour nous guider vers un chauffeur, lui aussi fort sympathique. Il connaît notre hôtel donc... en route !

Nous nous éloignons de l'aéroport par des axes routiers démesurés, au goudron presque parfait. Partout autour de nous, des montagnes escarpées recouvertes d'une herbe rase et jaunie par la sécheresse. Bientôt nous quittons la route principale pour nous engager dans une venelle, toute défoncée, pavée, bordée de constructions inachevées de briques, de parpaings et de tôles. Changement radical de décor. Elle serpente à flanc de montagne, les épingles serrées se succèdent. Encombrée, elle est sûrement un raccourci connu des locaux pour atteindre plus rapidement le centre-ville, là-haut sur un plateau, à plus de 2850m d'altitude. La circulation se fait de plus en plus chaotique. Dans les rond-points congestionnés, les véhicules se frôlent mais pas un seul coup de klaxon. C'est bien agréable, tout comme la température, sans doute voisine des 20°C.

Arrivés à notre hôtel, sorte de maison coloniale basse et aux innombrables salles voûtées aux décors rustiques, nous sommes accueillis par une charmante hôtesse. Nous déposons rapidement nos sacs et zou ! Direction le loueur de motos, à quelques blocs d'ici. Les motos sont là, propres et bien équipées. Retour à l'hôtel. Nous y dînerons, mais seulement après avoir pris soin de fixer les supports alimentés de nos GPS à nos montures, bien stationnées en sécurité sur le gazon du jardin de l'hôtel cerné de grilles. Philippe, Anthony (son fils) et moi-même ne tarderons pas à aller nous coucher pour une bonne nuit.

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Quito/Quevedo

Quitter Quito n'est pas chose aisée, surtout lorsque l'une des motos louées, celle d'Anthony, tombe sous le coup de l'interdiction administrative de rouler aujourd'hui dans le périmètre de la ville. La faute à la pollution qui oblige les autorités locales à mettre en place régulièrement la circulation alternée. De gros bouchons se sont formés et les quelques policiers postés aux carrefours les plus encombrés peinent à y faire régner l'ordre. A moins qu'ils ne s'en fichent un peu, les yeux bien souvent rivés sur leurs smartphones. Mais l'un d'eux vient quand même vérifier que la machine de Philippe et la mienne sont bien autorisées à rouler ce matin.

Ce n'est donc qu'à la sortie de l'agglomération qu'Anthony pourra enfin chevaucher pour la première fois sa machine qui avait été hissée dans la benne du pick-up du loueur, une Honda 300 CRE fabriquée au Brésil et supportant d'être gavée de n'importe quel carburant.

À peine plus de 2 heures depuis notre départ du centre de la capitale auront été nécessaires afin que nous soyons propulsés à près de 4000 mètres d'altitude. Une première piste, très sale sur les premiers kilomètres ne nous donne pas encore le sourire. Mais quelques lacets plus loin, le paysage devient grandiose. Nous allons franchir la Cordillère des Andes une première fois. Ça grimpe dur. Serpentant entre les volcans Atacazo et Corazon, la longue piste que nous empruntons à présent offre des panoramas superbes et les ravins, vertigineux, invitent à la plus grande prudence. Surtout lorsque la brume épaisse envahit les crêtes. Il y a là des cultures de canne à sucre, du maïs, des jardins de légumes, des animaux et quelques cultivateurs ramassant des pois sauvages, juste en bordure de piste. Après plusieurs dizaines de kilomètres et des milliers de virages, d'épingles, de trous, de bosses, d'évitements de chiens, de poulets, de vaches, de gamins... nous retrouvons un bout d'ancienne route goudronnée totalement défoncée. Quelques plaques de bitume sont juste là pour compliquer le pilotage. La traversée de gros villages clôturera cette très longue et superbe journée de roulage.

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Quevedo/Montanita

Une étape sublime, tout simplement. La ville de Quevedo, à la croisée de 2 axes majeurs de circulation n'est pas très belle. Elle est saturée de gros trucks Kenworth américains bruyants et laissant échapper de leurs grosses tubulures d'échappement tournées vers le ciel des panaches de fumée noire impressionnants. C'est donc par de sublimes pistes peu fréquentées que nous prendrons la direction de l'ouest pour atteindre, en soirée, la côte de l'Océan Pacifique.

En chemin, nous faisons une pause dans un village animé. Il y a là un marché très vivant qui a titillé notre curiosité. Sur les étals non réfrigérés, des poissons, de la viande, plus loin des légumes et des fruits de toutes les couleurs sont vendus. Sans oublier les innombrables variétés de pommes de terre. Il y a là aussi des gens très sympathiques qui ne demandent qu'à être photographiés. Les conducteurs de tuk-tuks font les crâneurs. L'un d'eux me fait visiter son "chez lui" à 3 roues. Cornes de vache et breloques accrochées au-dessus du pare-brise, système sono dernier cri, et même un hamac dans lequel il parvient, me dit-il à faire des choses...

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Ce sont les aléas du voyage, nous constatons que le carter gauche de la moto d'Anthony est fissuré et que de l'huile s'en échappe. Une pierre anguleuse est venue taper là. Rien de bien grave cependant. Il suffira de faire régulièrement l'appoint...

La traversée du Parc National Machalilla aura été un temps fort de la journée. Quasi désertique, il est très poussiéreux et les chemins y sont recouverts d'une épaisse couche de fesh-fesh. Des baobabs en fleurs se dressent au-dessus du bush épineux qui me rappelle les paysages de Madagascar ou encore d'Australie. Un sacré bon moment de roulage !

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À l'approche de la côte de l'Océan Pacifique, des cours d'eau doivent être régulièrement traversés. Celui-ci, plus profond que les autres ne peut être franchi que par un pont suspendu vacillant. Encore quelques belles pistes terreuses et nous voici à Montanita, la "Mecque du surf" en Équateur. Il y a de l'ambiance dans ce petit village côtier. Musique locale à fond, les restaurateurs tentent d'attirer le chaland. Sur la plage, en fin de journée, c'est le retour de pêche. Les frêles barcasses débarquent le poisson frais vendu directement sur place dans un chahut du Diable !

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Montanita/Cuenca

Une étape toute en contrastes. De la mer à la montagne, de 0 à 4150 mètres d'altitude, du soleil au brouillard épais, de la chaleur au froid polaire, de la campagne paisible et odorante à la ville bruyante et puante, du bush épineux à la pampa suintante, de l'autoroute au sentier de vigogne... Nous avons tout eu en une seule et même journée.

Nous quittons le village de Montanita duquel s'élèvent quelques douces mélodies de Pasillo ecuatoriano en empruntant la route côtière, plein sud. La mer est calme et les vagues, au déroulé parfait font environ 1 mètre de hauteur. Quelques surfeurs s'en régalent. Avec un peu d'imagination, on pourrait se croire sur la Highway 01 californienne, entre San Francisco et Los Angeles...

Pas d'éléphants ou de lions de mer ici en revanche, comme à Monterey aux USA, mais quelques petites boules de femmes fardées à outrance, fringuées comme des fillettes et tentant vainement de se grandir, perchées sur des chaussures à talons expansés. C'est dommage car nombre d'entre-elles sont plutôt jolies et souriantes. Les hommes, eux, se partagent en deux lots. Ceux qui bossent dur à la pêche en mer et qui sont secs et musclés, et puis les autres, oisifs, au bedon débordant d'un Marcel crasseux, coude à la portière de leurs antiques pick-ups. Les anciens, eux, ont la classe. Les hommes portent le Panama, les femmes sont vêtues de tenues andines, avec chapeau de feutre et jupons en poils de lama.

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Nous atteignons bientôt Guayaquil, deuxième ville du pays. Elle est moche, puante et industrielle, ouverte sur l'Océan Pacifique et entourée de salines et de rizières. Nous allons souffrir pour la traverser. Plus loin, nous sillonnons d'interminables pistes rectilignes zèbrant de gigantesques plantations de cannes à sucre. Nous y croisons un road-train impressionnant, comme on peut en voir en Australie. Là aussi, l'odeur est insupportable, mêlant les vapeurs d'essence aux émanations de jus de canne à sucre fermenté. Avant de franchir pour la seconde fois depuis notre départ de Quito la Cordillère des Andes pour rejoindre Cuenca, nous dégustons un bon ananas juteux en bord de route.

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Perchées à plus de 4000 mètres d'altitude, les lagunes spongieuses du Parc National Cajas offrent de belles perspectives sur la chaîne de montagnes. Les pistes, glissantes d'humidité et peu nombreuses ici seront systématiquement explorées. Il fait frisquet mais les efforts de pilotage nous réchauffent un peu. Puis une descente vertigineuse nous propulse jusqu'à Cuenca, atteinte en fin de journée pour la nuit. La ville a été classée en 1999 comme centre historique du Patrimoine culturel mondial par l'Unesco. Son centre-ville et sa place Calderon méritent une visite.

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Cuenca/Sucua

Cette nouvelle journée de roulage va nous faire découvrir la vraie vie andine. Celle des paysans laborieux qui, avec des moyens rudimentaires cultivent pommes-de-terre, maïs, céréales, pois et plantes aromatiques sur les pentes abruptes des volcans.

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Nous quittons très rapidement Cuenca et, déjà, une première piste se présente sous nos roues dans les faubourgs de la petite ville. Elle dessert d'innombrables maisons, tantôt traditionnelles, en torchis, tantôt récentes et colorées. Des chiens très agressifs nous poursuivent régulièrement, ne s'arrêtant de montrer les crocs que lorsque nous leur montrons la semelle de nos bottes. Comme partout en Équateur, le parvis des petites églises sert de terrain de football et de basket. Des gradins couverts se trouvent tout autour. Il y a même parfois une tribune d'honneur, plus maçonnée. Peu de zones traversées sont vides d'habitants. Lorsque c'est le cas, c'est que le sol, trop pauvre refuse la culture. Bientôt nous tombons sur un marché aux bestiaux vraiment festif. Alors que les éleveurs et les marchands se disputent le bout de viande sur pattes, d'autres se disputent le ballon sur un terrain miné de bouses. D'autres, enfin, se disputent tout court. Et pendant ce temps là, les femmes sont à la popote.

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Ça grimpe, ça grimpe encore et hop ! Nous voilà propulsés une nouvelle fois à plus de 4000 mètres d'altitude, au centre du Parc National Sangay. Il fait frais, très frais même. Un long moment nous allons rouler sur ce qui était jadis une ligne de chemin de fer et qui a été transformée aujourd'hui en une piste étonnamment plane. Partout les camellones, ces cultures en terrasses typiques de la Cordillère des Andes scarifient les montagnes. C'est dans ces paysages fabuleux que nous rejoindrons Sucua pour la nuit.

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Sucua/Riobamba

L'Équateur est un pays d'une incroyable diversité. Après avoir franchi à plusieurs reprises déjà les hauts sommets de la Cordillère des Andes, après avoir été rafraîchis par les embruns de l'Océan Pacifique, nous voici aujourd'hui plongés dans la luxuriante Forêt Amazonienne !

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Tout y est différent, absolument différent. La végétation, épaisse, transpire tout autant que nous. Il fait en effet très chaud et moite. Les pistes, noires et sablonneuses sont ponctuellement tapissées de gros galets moussus bien ronds. Les animaux sont démesurés, comme cet escargot gros comme une boule de pétanque. Les habitations aussi sont différentes. Toutes de bois rouge d'Amazonie. Ici, toutes les écoles disposent d'un terrain de sport couvert pour le protéger des fréquentes pluies. Les gens, bien moins gras que dans la partie occidentale du pays sont aussi plus renfermés. Bref, tout est différent.

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J'avais repéré sur Google Earth une rivière, large et tumultueuse. Je pensais qu'un bac à moteur permettrait de la traverser tant la route qui y mène et s'en détache sur l'autre rive paraissait à fort trafic. Pas du tout ! Nous sommes au bout de la route. Sous un préau, un plot de béton protégé par un pneu de camion semble servir d'arrêtoir à un câble métallique, tendu au-dessus de la rivière. De l'autre côté du cour d'eau, loin, très loin, je distingue une silhouette. Coup de klaxon, ça bouge, ça vient. À ce moment précis, nous ne savons pas trop quoi penser. Nous préférons même ne pas penser, ne pas y penser. Traverser la rivière, suspendus à ce câble, avec les motos !? Ce n'est pas possible... ! Une frêle nacelle manipulée par un aussi frêle passeur va nous permettre d'atteindre l'autre rive. C'était donc possible. Un moment fort du voyage !

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Riobamba est une ville peu sûre aux dires du patron de notre hôtel de ce soir. Nos motos seront stationnées dans le patio de l'établissement pour la nuit. Ce n'est pas banal.

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Riobamba/Chugchilan

Une étape absolument magnifique. Nous quittons rapidement Riobamba par des rues pavées, typiques du pays, le projet étant de contourner par son versant sud le volcan Chimborazo culminant à 6 263 mètres d’altitude. C’est le sommet le plus haut des Andes équatoriennes. Sa base fait 20 kilomètres de diamètre environ.

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La piste que nous empruntons est encaissée, très encaissée même. Très poussiéreuse aussi. Les paysans empruntent depuis des centaines d'années cet accès menant aux pâturages. La piste s'est creusée à force de piétinement. Les gros cailloux qui émergent du sol ou qui tombent des talus sont systématiquement écartés sur le côté pour rendre plus carrossable sa partie centrale. Plus loin, la piste tend à contourner par l'ouest le volcan. Elle devient technique. Des trous, des bosses, des zones de fesh-fesh, des marches, des mottes d'herbe à lamas... tout y passe. Mais quel plaisir !

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Une fois atteint le plateau, à près de 4500 mètres d'altitude et côté nord-ouest du volcan, le vent glacial se met à souffler fort. Il ne nous quittera plus ou presque de la journée. Quelques vigognes nous observent, les oreilles rabattues. C'est le signal d'alerte donné à l'attention de leurs congénères. Chaque fois que nous pénétrons dans un étroit canyon abrité, formé par le ruissellement de l'eau des torrents dévalant les pentes des volcans, la température s'élève instantanément pour notre plus grand bonheur.

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En fin de journée, quelques kilomètres seulement avant d'arriver à Chugchilan et après nous être arrêtés admirer la Laguna Quilotoa, la chaîne de la moto de Philippe déraille. Elle est usée et la roue de la moto a atteint son point le plus reculé. Il n'est plus possible de tendre davantage la chaîne. Nous allons devoir faire retirer un maillon au moins.

À la périphérie de Chugchilan, nous dégotons un artisan ferronnier qui, à l'occasion sait donner quelques coups de masse sur des motos hors d'âge. Nous lui confions un peu inquiets la moto. En moins d'une demi-heure, le tour est joué.

Notre hôtel-pension est tenu par des fermiers. Nous y dînerons très bien. Les produits sont frais et la soupe est chaude. Une sacrée journée !

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Chugchilan/Machachi

Une étape en demi-teinte cette fois. Nous quittons notre hôtel et ses charmants propriétaires-paysans vers 7h30, comme à notre habitude. Au petit-déjeuner nous avons eu droit à : café ou thé, omelette, sandwich au fromage et à l'émincé de légumes, jus de fruits frais, bol de céréales et yaourt, salade de fruits de saison, cuillères en inox, serviettes en papier, dessous de table en dentelle.

Le ciel est bleu, la luminosité est parfaite. Nous avons l'incroyable chance de pouvoir découvrir longuement au loin le Cotopaxi, le plus haut volcan toujours actif du pays (5897m) et entièrement visible, sans brume. C'est rare. La longue piste que nous foulons de nos pneus déjà bien rongés est parfaite. Souple à souhait. Terreuse, elle est damée mais une fine couche de fesh-fesh la rend onctueuse, veloutée. Les chemins sont creux, bordés de cactus, d’eucalyptus, de sapins. Quelques lamas nous regardent de haut d'un air pas sympathique, quelques ânes sont au piquet.

En milieu de matinée, nous sommes comme happés par les bonnes odeurs s'échappant d'une pâtisserie. Les motos sont stationnées juste devant. A l'intérieur, c'est un véritable four. Il fait une chaleur à mourir. Ce n'est pas anormal, le fournil est juste là dans la minuscule boutique qui fait également épicerie. Il y a du choix. Des brioches fourrées à la confiture, des petits pains garnis de chocolat à tartiner, des boules à la croûte bien dorée, des gâteaux avec des cristaux de sucre dessus... Bref, nous allons faire bombance pour quelques dollars seulement.

Repus, nous reprenons la piste, en direction de l'entrée du Parc National Cotopaxi. Nous y sommes stoppés net. Les motos y sont interdites. Pas les 4x4, mais juste les chiens et les motos. Je tente en vain de convaincre le seul gardien parlant anglais de nous laisser passer, lui indiquant que nous lui garantissons de rester sur la route. Rien y fait. C'est marqué sur le panneau, donc on ne passe pas. Grosse déception et... Demi-tour.

L'orage gronde à présent autour de nous. Les premières gouttes commencent à tomber. Nous préférons prendre immédiatement la route vers notre hôtel de Machachi. La ville sans véritable charme est cernée de montagnes cultivées quasiment jusqu'aux premières plaques de neige résiduelles. En périphérie, la culture de la pomme-de-terre étant Reine et l'élevage, Roi, nous retrouvons sans surprise ces produits en abondance sur le marché couvert du centre-ville. Dans leurs arrière-boutiques, les marchands tapent le carton en attendant les clients.

Notre hôtel-pension est tenu par des fermiers. Nous y dînerons très bien. Les produits sont frais et la soupe est chaude. Une sacrée journée !

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Machachi/Ibarra

Nous sortons de Machachi par l'est. Curieusement, la piste empierrée que nous empruntons presque immédiatement est propre. L'environnement est plaisant également.

La matinée est bien entamée lorsque nous nous présentons à l'entrée du Parc National Cayambe. Une fois encore nous sommes refoulés. J'avais lu à maintes reprises que les parcs nationaux du pays pouvaient se visiter gratuitement mais ce que je ne savais pas, c'est que là, il fallait présenter une autorisation délivrée par les autorités pour y pénétrer. C'est incompréhensible, dans la mesure où une seule piste traverse ce parc et qu'il est impossible de s'en écarter. Argh ! Demi-tour donc. Le détour est cette fois conséquent et nous fait frôler pour la seconde fois de la journée les faubourgs de Quito. Autant dire que strictement rien ne nous incite à musarder. C'est encombré de voitures et de camions, ça sent l'essence et c'est bruyant.

Une fois traversée cette zone urbanisée sans attrait, nous grimpons à nouveau jusqu'à atteindre le point zéro, à Quisato exactement. C'est là qu'a été édifié un monument marquant la ligne de l'équateur. Une colonne, un sillon creusé dans une esplanade pavée. Mais nous refusons de dépenser 3USD chacun pour avoir le droit d'y faire une photo. Il est même indiqué sur un panneau que pour y pénétrer avec sa moto, c'est 5USD de plus ! Décidément...

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Une borne, accessible gratuitement, nettement plus ancienne et nettement plus jolie et qui marque tout aussi bien la ligne de l'équateur se trouve à proximité. De celle-là, j'en ferai une belle photo.

Dans l'après-midi et sur le chemin qui nous mène à Ibarra, nous allons emprunter quelques tronçons de pistes déjà prévus au GPS et d'autres, improvisés. Nous avons faim de pistes et ce grand détour nous a privé de trop de traces tout-terrain. Ibarra est une grande ville au patrimoine historique assez riche. Nous y pénétrons par le nord. Un point de vue est aménagé sur un promontoire. Nous nous y arrêterons quelques instants avant de prendre la direction de notre hôtel.

Notre hôtel-pension est tenu par des fermiers. Nous y dînerons très bien. Les produits sont frais et la soupe est chaude. Une sacrée journée !

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Ibarra/Cotacachi

Quand ça veut pas, ça veut pas...

Alors que nous quittons Ibarra, toujours en direction du nord de l'Équateur dans l'espoir de pouvoir effectuer une sorte de crochet vers la frontière colombienne, nous avons notre esprit quelque peu encombré des alertes de sécurité écrites en caractères gras sur le site Internet du Ministère de l'Intérieur Français que nous consultons fréquemment.

Notre trace doit nous faire découvrir le seul "couloir" vers la frontière de la Colombie qui reste praticable dans une relative sécurité. Mais des échauffourées dans la communauté d'orpailleurs du petit village perdu de La Merced de Buenos Aires et les tensions entre les colombiens et les équatoriens vont chambouler nos plans.

Au sortir d'une piste bien poussiéreuse qui, après avoir serpenté à flanc de montagne et s'être fondue dans le lit d'une rivière à la façon d'une piste de fond d'oued marocain, nous débouchons sur une large route à péage. Nous y sommes stoppés net !

Un militaire en armes nous barre la route. Demi-tour... Sans discuter !

Comme quantité d'autres véhicules détournés, nous sommes contraints d'emprunter une piste défoncée et saturée pour contourner cette zone où les balles volent très bas. C'est le chaos.

Cette déviation nous fait revenir à Ibarra, notre ville de départ !

Nous décidons de tenter de rejoindre notre trace au plus haut vers le nord, de sorte que notre étape du jour ne soit pas trop écourtée. Peine perdue. Après nous être fait refoulés à plusieurs reprises et avoir traversé une plaine glauque couverte de plantations de cannes à sucre où les ouvriers agricoles en guenilles croisés semblent être en quasi situation d'esclavage, nous parvenons tout de même à retrouver notre trace. Mais nous ne sommes plus qu'à 21 kilomètres exactement de Cotacachi, notre ville étape de ce soir. Argh !

Paradoxalement, cette journée que nous serions tentés d'oublier nous laissera finalement de nombreux souvenirs.

Notre hôtel-pension est tenu par des fermiers. Nous y dînerons très bien. Les produits sont frais et la soupe est chaude. Une sacrée journée !

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Cotacachi/Quito

C'est la dernière étape de notre voyage. Comme à chaque fois dans ce cas là, nous avons en tête de ne surtout pas tomber et nous faire mal, de ne pas rouler trop vite et, nous l'espérons de ne pas avoir de soucis mécaniques.

Peu après avoir quitté Cotacachi, nous allons découvrir par la route la Laguna Cuicocha et ses deux îlots. La luminosité n'est pas terrible. La brume s'est invitée dans l'ancien cratère volcanique. Ensuite, nous nous engageons sur une première piste bien sympathique, assez étroite et cassante. Puis sur une autre tout autant plaisante, très large celle-là et longue de plusieurs dizaines de kilomètres. Elle serpente dans la forêt, à une altitude moyenne d'environ 3000 mètres. Mais nous devons rester méfiants car dès que nous perdons un peu d'altitude, une brume épaisse et plutôt humide s'abat sur nous et sur la chaussée qui devient alors très boueuse. Signe que les pluies doivent être fréquentes ici, les pistes ont été principalement dessinées sur la crête des montagnes. Les eaux s'évacuent ainsi plus rapidement et ne créent pas de rigoles ou de ravines.

À 61,2KM exactement de l'arrivée, je crève de l'avant ! C'est la première crevaison depuis notre départ. À nous 3, nous avons cumulé plus de 8000 kilomètres et là, pschitt !

Une épine toute petite a fait un tout petit trou de rien du tout. Et pourtant, il faut bien réparer. Une rustine fera l'affaire.

Le ciel est triste de nous voir quitter le pays. À l'approche de Quito, il pleure quelques grosses larmes qui rendent alors la piste bien glissante.

Au fur et à mesure que nous redescendons vers la capitale, la température grimpe. Régulièrement nous devons nous arrêter pour retirer une couche de vêtements.

Les motos seront restituées en fin d'après-midi.

Un bien beau voyage.

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