ESPAGNE

Baja spirit

DATE DE PUBLICATION : 2027-01-01
MOTOZINE
Olivier GALLARD
Olivier GALLARD (Textes & Photos) - Guide-instructeur moto diplômé, organisateur de randonnées en France et de raids partout dans le Monde, il est l'administrateur de MOTOZINE
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Le début du printemps est la période la plus favorable pour traverser l’Espagne de part en part et vivre une expérience de voyage sans pareil. Du désert des Bardenas Reales à celui de Tabernas, de la Sierra Nevada à celle de Cuenca, partout le pays dévoile ses trésors naturels. Le contraste entre les petites parcelles de cultures céréalières d’un vert tendre bordées de tapis de fleurs sauvages multicolores, les plantations d’oliviers et les nuances d’ocre, de brun, de rouge des terres arides est saisissant. La richesse culturelle de l’Espagne n’est pas en reste. L’Alhambra de Grenade, l’insolite Fort Bravo et beaucoup d’autres sites méritent la découverte.

Êtes-vous prêts à traverser les plus impressionnants massifs ibériques et l'immensité des plus fascinantes régions désertiques d’Espagne ? Êtes-vous prêts à chevaucher à très bon rythme votre moto plus de dix heures par jour, sur des pistes hostiles, cassantes, éprouvantes, usantes et bivouaquer presque chaque soir dans l'inconfort, la boue ou la poussière, sous la pluie, dans la chaleur, le froid ou le vent ? C'est l'esprit voulu de ce long voyage. Les visages des pilotes qui m'écoutent attentivement, d'abord illuminés d'envie et d'excitation se figent très vite dans un rictus d'intense appréhension.

J'ai donné rendez-vous à Jean-Luc, Jean-Philippe, Frédéric, Rémi, Alexandre, Fabrice et Didier à l'Auberge de Montory, à quelques tours de roues d'Oloron-Sainte-Marie, dans les Pyrénées-Atlantiques (64)). Nous y passerons la nuit.

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Montory/Castillo de Sora

Dès notre réveil, le ton est donné. Il pleut des cordes. L'aubergiste nous informe que sur les crêtes, il neige à gros flocons. Le Col frontalier de La Pierre Saint-Martin a été fermé à la circulation cette nuit. Nous devrons traverser les Pyrénées pour gagner l'Espagne en empruntant le Tunnel du Somport.

Il fait un froid glacial. Le vent qui descend de la montagne pousse presque horizontalement de grosses gouttes de pluie qui, plus en altitude se transforment en neige fondue. Dans le tunnel du Somport nous profitons d’un air tiède et pourtant nauséabond tout en espérant pouvoir trouver ensuite côté espagnol une météo plus favorable. Il n'en sera rien. Toujours sous une pluie battante, nous dévalons le versant espagnol des Pyrénées. Nous choisissons de faire une pause réconfortante au Bar La Estrella de Villanúa, trempés, frigorifiés, tétanisés.

Le soleil est revenu !

Pour retrouver la trace initialement dessinée nous piquons plein ouest et longeons les méandres de l'Èbre. La rivière est franchie à Martés. S'y trouve l'entrée d'une première piste, large et facile. Les choses sérieuses peuvent commencer. Nous nous enfonçons à présent dans les Monts Ibériques. Depuis le Mirador Mallos de Riglos nous observons des vautours fauves. À l'approche de Huesca le paysage paraît déjà plus sec. Quelques arbres remarquables et esseulés se détachent des bosquets.

Nous établissons notre premier campement à l'abri du vent, le long d'une vieille bergerie. Le soleil couchant embrase les ruines du Castillo de Sora, un édifice musulman remontant au IXe siècle. La nuit s'annonce tranquille.

Cette première journée de roulage aura permis à chacun de prendre correctement ses marques. L’arrimage des bagages, la position de pilotage, les bons réglages. Ainsi, Frédéric et Rémi se rendent-ils déjà compte de l'encombrement et du poids démesurés de leurs grosses machines (BMW 1200/1250 GS). Alexandre (KTM 990 Adventure), Fabrice (BMW 800 GS optimisée), Didier (KTM 790 Adventure R), Jean-Luc (Honda Africa Twin 1000) et Jean-Philippe (Fantic 450 Rally) ont déjà participé à plusieurs de mes raids tout-terrain. Ce sont des pilotes chevronnés, motivés et bien préparés à l'exercice. Quant à moi, je roule en KTM 890 Adventure R.

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Castillo de Sora/Ruinas de Peñalcazar

La douce lumière du soleil se réverbère dans un trou d'eau croupie. Et sur la berge, un crâne de brebis parfaitement nettoyé par les charognards a été poncé par les vents chargés de poussière. Ambiance.

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Ce matin nous traverserons l'incontournable désert des Bárdenas Reales. L’érosion des sols de cette zone semi-désertique a créé des formes surprenantes. Notre objectif est d'atteindre le très connu Castildetierra, un monticule pyramidal de terre, sorte de cheminée de fée situé à l'ouest du désert.

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Les quelques pistes autorisées qui scarifient le désert des Bárdenas Reales sont larges mais peu agréables. Elles sont tantôt jonchées de petits galets ronds qui roulent sous nos roues, tantôt se transforment en un véritable tapis de tôles ondulées. L'endroit est très touristique. Heureusement, en périphérie subsistent quelques belles pistes plus techniques.

La traversée de la petite ville de Tudéla marque notre sortie du désert des Bárdenas Reales. Cap au sud-ouest maintenant, en direction de Soria. Le ciel est orageux et menaçant. Il fait très lourd. Nous quittons temporairement la trace pour aller nous désaltérer dans le café d'un tout petit village. Sur la place centrale trône une fontaine. L'occasion est trop bonne d'y faire la petite toilette dont nous avons été privés au bivouac.

En milieu d'après-midi et après avoir traversé la Sierra de Alcalama nous atteignons la périphérie de Soria. Cap au sud-est. Les pistes, très ravinées sont bordées de parcelles cultivées. Y poussent beaucoup plus de cailloux que de brins d'herbe.

Le bivouac est prévu près du village fortifié de Peñalcazar. Le panorama sur la campagne marbrée des ombres mouvantes des nuages et sur le site ruiné est splendide. Dans la nuit, nous serons tous réveillés par le souffle et les râles de grosses bêtes qui viendront frôler nos tentes. Aucun de nous n'aura osé sortir de sa toile. Courageux mais pas téméraires les motards...

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Ruinas de Peñalcazar/Cuenca

Direction plein sud pour cette troisième longue journée de roulage. Au départ assez rectilignes et très rapides, idéales pour une mise en jambes matinale, les pistes vont très vite devenir piégeuses. Passé le village de Cihuela on peut observer de profondes crevasses d'érosion. Quelques bosquets d 'épineux rabougris tentent de s'agripper aux falaises qui se délitent. Le fond des ravins est tapissé de fleurs qui prient pour ne pas se prendre un caillou sur la corolle.

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Le relief s'assagit à nouveau dans la plaine d'Ariza. Le répit ne sera toutefois que de courte durée car vers Maranchón nous reprenons franchement de l'altitude. Nous enchaînons les pistes de crêtes à un rythme extrêmement soutenu et sous un vent de travers ébouriffant, comme sur le Camino del Alto del Estepar. Plus loin, nous stoppons pour admirer les impressionnantes chutes d'eau du Salto de Poveda sur le Tage, encore étroit et tumultueux à cet endroit. Le Tage traversera l'Espagne et tout le Portugal avant de se jeter dans l'Océan-Atlantique aux environs de Lisbonne.

Une piste très longue va nous faire découvrir une bonne partie de la Sierra de Albarracín. Les pluies de ces derniers jours ont rempli les trous d'eau et fait gonfler les ruisseaux.

C'est la fin de notre étape. Fourbus, nous nous dirigeons tranquillement vers notre hôtel de Cuenca. La ville, inscrite au patrimoine de l’humanité se distingue par ses maisons séculaires surplombant le défilé du Huecar, telles les Casas Colgadas avec leurs balcons suspendus en bois.

L'étape de demain s'annonce bien plus physique. Je profite donc de cette fin de journée paisible pour demander à chaque pilote-participant son ressenti. Rémi, parti tout feu tout flammes de Montory accuse déjà de la fatigue. Il est moins précis dans ses trajectoires, il se laisse un peu mené par sa machine. Frédéric semble s'être trompé de voyage. Le rythme est trop rapide pour lui. Alexandre m'avoue vouloir se tester, se dépasser. Il est très, très motivé. Je lui promets de lui distiller les conseils qui lui permettront d'aller au bout de ce voyage en toute sécurité. Je n'ai pour le moment aucune inquiétude concernant le pilotage de Fabrice, de Didier, de Jean-Luc et de Jean-Philippe. Ils ont la technique, l'endurance et une lecture de piste sans faille.

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Cuenca/Rio de Las Crucetas

La journée s'annonce compliquée. Il a plu à torrent toute la nuit et ce matin encore, c'est le déluge. Une première piste, large, ruisselle de boue, se ravine à vue d’œil. Le pilotage est physique. Fort heureusement le chemin nous mène assez vite sur une crête et bientôt, miracle, il fait grand beau.

Nous nous enfonçons à présent dans les entrailles de la sublime Sierra de Cuenca. La piste est ici parfaitement sèche. Nous nous surprenons même à devoir augmenter les distances qui nous séparent tant la poussière soulevée par nos montures réduit la visibilité.

Les Sierras de Mira et de Aliaguilla sont parcourues à bonne vitesse. À l'approche du lac de barrage de Contreras cependant nous devons considérablement ralentir. Des chutes de grosses roches obstruent régulièrement la piste vertigineuse qui le borde. Une fois encore, les BMW ne sont pas à l'aise sur ce genre de terrain où il faut jouer des coudes pour passer entre les cailloux.

Sans grand intérêt, la plaine d'Albacete sera traversée par la route. C'est sur la berge de la retenue d'eau de Zapateros que nous établirons avec bonheur notre campement. La veillée sera de courte durée. Au lit tout le monde !

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Rio de Las Crucetas/Granada

Encore une journée qui ne sera pas de tout repos et qui laissera des traces... de boue.... mais pas que. Il fait encore moche ce matin. Michel fait grise mine ; à tel point qu'en fin de matinée, alors que nous évoluons au milieu des oliviers sur des chemins très étroits, très pentus et totalement gorgés d'eau il m'annonce vouloir nous abandonner. Mais avant qu'il ne puisse nous quitter, nous devons par sécurité le conduire jusqu'à la route. Nous prenons le temps de déjeuner, recroquevillés tant bien que mal sous des bosquets chétifs pour nous protéger des intempéries. Nous ne nous éterniserons pas longtemps à cet endroit inhospitalier. Michel ne cesse de partir à la faute et laisse tomber lourdement sa moto presque dans chaque épingle. Heureusement, nous parvenons sans casse jusqu'à la route. Ouf ! Pressé, Michel file vers Granada. Il rentrera dès demain en France.

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Nous ne verrons malheureusement pas grand-chose des Sierras de Segura, de La Sagra, de Cazorla et de La Alfaguara. Le temps est exécrable. Durant une pause, nous sentons - au sens propre du terme - un berger et son troupeau venir vers nous. Les bêtes, apeurées et poussées sans ménagement par des chiens passent devant nous dans un désordre absolu. Le berger braille presque aussi fort que ses brebis.

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Granada est réputée autant pour ses bâtiments médiévaux d'inspiration mauresque - en particulier l'Alhambra - que pour ses bouchons et ses sens interdits y rendant la circulation infernale. Il n'aura pas été simple d'atteindre notre hôtel, situé en plein centre. La journée aura finalement bien collé – c'est le moins que l'on puisse dire – à nos attentes. Elle a nécessité de l'engagement, c'est une certitude. Au journal télévisé, la présentatrice météo invite la population à la plus grande prudence en raison des risques de fortes pluies et d'inondations localisées. Mais elle ajoute qu'il fera meilleur demain. Je demande à voir...

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Granada/Fort Bravo

La journée s'annonce bien. Ça change. La présentatrice météo a dit vrai.

Au menu, la deuxième chaîne de montagnes la plus élevée d'Europe après celle des Alpes, la perle de l'Andalousie, la Sierra Nevada. Nous la contournerons par le nord-est, la neige empêchant toute incursion en son cœur.

Nous sommes maintenant approximativement au nord de la Sierra Nevada. Je suis en tête du groupe. Une grimpette velue de près d'un kilomètre se présente à nous, saignée de traces confuses, jonchée de pierres qui roulent avec, au loin, un arbre planté juste au milieu. Je m'élance. J’entame la montée sur le troisième rapport, mais très vite je dois rétrograder en deux pour pouvoir doser plus finement les gaz et conserver un bon grip à la roue arrière. La roue avant, elle, ne touchant presque jamais le sol. Au voisinage de l'arbre, ma moto prend peur. Elle change sans prévenir de trajectoire, me jette sur la gauche, s'essouffle. Je suis obligé de descendre en une et je parviens finalement à atteindre le sommet. Ouf !

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Fabrice qui m'a bien observé peut s'élancer à son tour. Sa trajectoire, légèrement différente lui fait contourner l'arbre par la droite. Bonne pioche, idem pour Jean-Luc et Jean-Philippe. Rémi fait de-même, avec beaucoup plus de difficultés cependant. Sa BMW a atteint là ses limites. Et il n'est pas au bout de ses peines... Didier sera stoppé au voisinage de l'arbre mais pourra repartir avec un peu d'aide. Alexandre, lui, devra s'y reprendre à deux fois. Je lui prodiguerai quelques conseils et c'est avec une fierté à peine dissimulée qu'il parviendra tout sourire sur la crête. Bravo !

À peine avons-nous repris notre souffle qu'une descente vertigineuse se présente. Rémi qui vient de s'y engager un peu vite se retrouve en perdition. Sa machine l'embarque littéralement dans la pente. Je me porte à son secours.

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La remontée de la rivière asséchée de La Rambla de los Yesos située à l'ouest d'Alboloduy sera un moment fort de la journée. La piste, d'abord dessinée au fond d'un profond canyon s'élève plus loin en lacets pour nous offrir de splendides points de vue. Nous nous dirigeons ensuite vers la Sierra de Gador, au sud-est de la Sierra Nevada, en prenant bien soin de ne pas traverser La Poniente Almeriense, autrement appelée la « mer de plastique ». La région vit essentiellement de l’agriculture intensive et elle est presque complètement recouverte de serres. À fuir.

Quelques dizaines de kilomètres encore et nous voilà aux portes du désert de Tabernas. Considéré comme seule véritable zone désertique d’Europe il offre de sublimes paysages.

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Nous établirons notre campement dans la montagne, non loin de Fort Bravo, anciennement appelé Texas Hollywood. C'est l'un des quelques villages de western du sud de l'Espagne encore debout. Les plus célèbres westerns du réalisateur italien Sergio Leone ont été tournés dans ces décors insolites.

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Fort Bravo/Rio Guadiana Menor

Rien ne va se passer comme prévu durant cette septième journée de roulage.

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Nous entamons notre longue remontée de l'Espagne par un exercice inédit, celui qui consiste à trouver notre trace dans le lit asséché d'un rio. L'esprit Baja promis est bien là. Notre vitesse doit être suffisamment rapide pour ne pas nous enfoncer dans la gravière, mais pas trop non plus pour pouvoir éviter à temps tous les pièges du terrain : trous, « congères » de cailloux, troncs et branchages, bosquets, touffes d'herbe à chèvres. À ce petit jeu, Fabrice, Didier Jean-Luc, Jean-Philippe et moi nous en sortons bien. En revanche, ce n'ai vraiment pas le genre de terrain qu'affectionne Rémi. Il tombe, se relève, tombe à nouveau, se fatigue. Alexandre quant à lui n'a pas encore compris le « truc ». Fabrice, Didier et moi lui donnons quelques astuces et, appliqué, il ne tarde pas à prendre du plaisir à jouer dans l'immense bac à gravier. Encore bravo !

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Nous contournons la Sierra de Baza par le sud-ouest jusqu'à atteindre le désert de Gorafe. Un panneau touristique en fer rouillé épais en marque l'entrée. Lentement, nous nous dirigeons vers l'une de ses vallées encaissées. Un très bon moment de roulage.

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Le Rio de Fardes, gonflé par les pluies torrentielles de ces derniers jours est infranchissable. Demi-tour. Le ciel est menaçant, la nuit tombe. Nous devons absolument sortir de la vallée et gagner les hauteurs au plus vite sans quoi, s'il pleut à nouveau les pistes de glaise seront longtemps impraticables. Nous « jardinons » un long moment. Sur mon GPS, je vois qu'une piste traverse le Rio Guadiana Menor dans lequel se jette le Rio de Fardes. Peut-être le gué y sera-t-il moins profond. Rien de moins sûr car il est situé en aval du déversoir du barrage de Negratin.

Parvenus péniblement sur la rive du Rio Guadiana Menor, nous étudions plus précisément la zone sur nos GPS. Rémi part sonder le ruisseau. Il est à bout de force et grognon. Il nous dit que le cours d'eau est infranchissable et qu'il veut bivouaquer ici pour la nuit. Je lui réponds qu'il n'en est pas question. Un lâcher d'eau du barrage risquerait de survenir et nous emporter. Fabrice, Didier, Alexandre, Jean-Luc, Jean-philippe et moi franchissons le cours d'eau, profond d'une quarantaine de centimètres seulement. Rémi se précipite sur sa monture sans même attendre que nous puissions venir l'aider dans sa traversée, s'élance trop vite et chute au milieu du rio. A-t-il eu peur qu'on le laisse en plan ? Il est trempé et rouge de colère.

La piste serpente dans une roselière spongieuse. Rémi tombe à plusieurs reprises. Chaque fois il est aidé par Didier pour redresser sa moto. À la quatrième chute, c'est la panne. La centrale ABS de sa BMW est HS, la moto s'est mise en défaut. Tout juste a-t-il à présent la possibilité d'avancer au pas. Nous parvenons enfin à rejoindre une route goudronnée. J'improvise très rapidement un bivouac dans une oliveraie. Rémi nous quittera demain matin. Il organisera en soirée son rapatriement en France. Dure journée.

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Rio Guadiana Menor/La Cueva

Apocalyptique. C'est sans doute le terme qui résume le mieux le déroulement de cette étape. Il pleut averse. Nous ne profiterons pas des paysages offerts par la Sierra de las Cabras et encore moins de ceux proposés plus à l'ouest par les Sierras del Lugar-Fortuna, de La Pila ou encore del Carche. Le mauvais temps n'entame pour autant pas notre moral ni notre envie de rouler et de nous faire plaisir. Nous ne sommes plus que six. Alexandre a maintenant un pilotage sûr et efficace. Nous roulons fort. Très fort même parfois. Seules les énormes flaques d'eau et la boue collante constituent un frein à notre fulgurante avancée.

C'est loin de tout que nous monterons la tente ce soir. Pas assez loin de tout cependant pour que la police rurale renonce à venir jeter un coup d’œil à notre campement. Sans doute les policiers ont-ils été alertés par des propriétaires soucieux du maintien de leurs terres dans un bon état de propreté. Message reçu.

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La Cueva/Teruel

Une belle journée ensoleillée. Que ça fait du bien !

Direction plein nord. Les pistes de plateaux sont larges et empierrées. On peut sans crainte mettre du rythme. Et on ne va pas se priver.

En milieu de matinée nous traversons le barrage de Molinar, sur le Rio Júcar . La voie unique qui franchit l'ouvrage est totalement grillagée. De l'autre côté, l'axe non bitumé s'enfonce dans un long tunnel étroit tout en courbe. Puis en une quinzaine d'épingles nous voici à nouveau sur les hauteurs. Sympathique interlude.

Les pistes de la Sierra de las Hoces del Cabriel auront été un régal. Nous y saluerons un sapeur-forestier guettant le moindre départ de feu. C'est vrai qu'à la différence des autres massifs, celui-ci est vraiment bien sec. Plus au nord en revanche, les chemins des Sierras de Aliaguille et de Mira ont retenu l'eau. Le pilotage redevient chaotique, voire artistique. Toujours plus loin, dans la Sierra de Camarena, l'eau ruisselle à nouveau abondamment sur les pistes.

Un bout de route nous permettra de nous propulser jusqu'à Teruel. Ce soir, nous dormirons pour la troisième fois à l'hôtel depuis notre départ de Montory. Ce sera l'occasion de faire une lessive et une bonne toilette. Le bonheur !

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Teruel/Rio de Valcuerna

Pour cette avant-dernière étape, des pistes terreuses plus sages ont été enregistrées dans nos GPS. Le pilotage très dynamique y sera jouissif. Nos canassons commencent à « sentir l'écurie » ! Ils se comportent à merveille.

Les collines situées aux environs de Fortanete sont verdoyantes, ça change. En une dizaine de jours seulement les cultures se sont considérablement développées. Les cerisiers sont chargés de fruits presque mûrs. Les pauses sont plus nombreuses, allez savoir pourquoi...

En milieu de journée nous surplombons un long moment les méandres du Rio Guadalope et, plus en amont, le lac de barrage de Caspe. Toujours en nous dirigeant plus au nord, nous traverserons en milieu d'après-midi la retenue d'eau de Mequinenza, sur l'Èbre. Nous choisissons de nous installer pour bivouaquer sur un bel espace plan et dégagé. Trop dégagé sans doute. Nous avons été repérés. Pour la seconde fois nous aurons la visite de la police rurale. Nous nous trouvons sur un terrain privé, ce que nous ignorions. Mais heureusement, nous avions pris soin de stationner nos motos sur le chemin. Les policiers nous demandent simplement de laisser l'espace propre au moment de lever le camp. Ouf !

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Rio de Valcuerna/Montory

Mes compagnons de voyage veulent rouler plus paisiblement aujourd'hui. C'est normal. C'est le dernier jour. Peur de tomber et de se faire mal, peur de casser quelque-chose sur leur machine... Ce serait dommage en effet.

Au menu de cette dernière étape, le désert de Los Monegros, dans la vallée de l’Èbre. Un régal pour les yeux. C'est l'une des zones désertiques espagnoles les plus remarquables. Durant sa traversée nous aurons droit à un condensé météorologique de tout ce que nous avons connu jusque-là. Brouillard épais, rafales de vent tourbillonnant, pluie glaciale, soleil éblouissant... Le sol, plutôt sablonneux restera toujours praticable cependant, même si nous avons dû redoubler de vigilance. Une sortie de piste et c'est le plongeon assuré dans un ravin.

Arrivés à Leciñena nous piquons plein nord en direction de Huesca. C'est là que nous déjeunerons avant de nous élancer sur les dernières pistes de notre voyage, jusqu'au pied de la Sierra de Guara, creusée de canyons et de grottes. Avant de rejoindre Montory par la route, je prends le temps de faire une dernière photo, celle des rescapés de cette aventure, visiblement heureux.

C'était un bien beau voyage.

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